Une politique ultra-réactionnaire en France ...

La politique menée depuis son élection par le président Nicolas Sarkozy et son gouvernement est la plus réactionnaire depuis la Libération. Multipliant les annonces sur les lois, les décrets sur les réformes, c'est l'ensemble de la société que Nicolas Sarkozy tente de remodeler selon sa vision répressive, ultra-libérale et rétrograde de la société.

Pas un domaine n'est épargné, pas un secteur n'échappe aux attaques d'une droite décomplexée visant la "déconstruction systématique des acquis du Conseil National de la Résistance". Alors que des dizaines de milliards sont donnés en cadeaux fiscaux chaque année dans un "bouclier fiscal" ne bénéficiant qu'aux plus riches, que des centaines milliards sont donnés sans contrepartie pour renflouer les spéculateurs, les caisses sont paraît-il vides pour amortir les effets de la crise sur les plus fragiles.

L'école publique, de la maternelle à l'université, est démantelée, mise en coupe, méprisée, insultée. Remise en question de la maternelle, suppression de postes à tous les niveaux malgré une hausse des effectifs, assujettissement de l'université publique aux intérêts privées, mise sous tutelle des chercheurs, ... L'hôpital public se voit sommé de devenir rentable (comme si la santé était une affaire de rentabilité), privé de moyens. Les fermetures de lits, de services et d'hôpitaux se multiplient. Le code du travail est malmené un peu plus chaque jour, les retraites, l'assurance-chômage, l'assurance-maladie, le logement social subissent recul sur recul. Les services publics sont laminés (fermeture de bureaux de poste et de gares, abandon du fret, ...) pour préparer leur privatisation.

Mais au-delà de cette régression massive des droits sociaux, ce sont les libertés fondamentales et la République même qui sont malmenées par ce gouvernement réactionnaire. La psychiatrie se voit cantonnée au contrôle des personnes jugées dangereuses, la justice voit son indépendance et ses moyens réduits chaque jour, les abus de pouvoir de la part d'un hyper-président se multiplient sans cesse. D'Edvige à la "base élève", de la traque des sans-papiers jusqu'à l'intérieur des écoles et des locaux d'Emmaus à la volonté d'envoyer des enfants en prison dés 12 ans, de la chasse aux internautes par l'HADOPI à celle des syndicalistes, la réponse du gouvernement à tous les problèmes est toujours la même : mépris, autoritarisme, répression, passage en force. L'Assemblée Nationale elle-même est bafouée, forcée à revoter quand elle déplaît au gouvernement (DADVSI, OGM).

... qui s'inscrit dans une politique européenne

Cette énumération pourrait continuer très, très longtemps. Mais me direz-vous, quel est le rapport avec l'Europe ?

Ces politiques seraient-elles le seul fait de Nicolas Sarkozy, seul avec son gouvernement ? Hélas, non. Ces politiques s'inscrivent dans une logique et un cadre européen. Ce cadre, c'est l'agenda de Lisbonne "2000-2010". Ce cadre, c'est l'ensemble des traités européens, de Maastricht à Nice, en passant par la défunte "Constitution" et le traité de Lisbonne.

Le démantèlement des services publics, leur privatisation, ne sont que l'application du dogme de la "concurrence libre et non faussée". L'hôpital et l'école, considérés par l'Union comme de simples "services économiques d'intérêt général" se voient réduits à leur simple fonction économique, et non à leur fonction de bien-être et d'épanouissement de chacun. Le démantèlement du code du travail de toutes les branches de la protection sociale, l'application de l'agenda de Lisbonne pour "flexibiliser les marchés du travail". Les politiques répressives et liberticides ne sont que la déclinaison nationale d'une Europe forteresse, assujettie à l'OTAN, qui se permet de passer outre le vote des Français, Néerlandais et Irlandais, en imposant de force un texte refusé par les peuples.

Alors que les politiques de dérégulation et de financiarisation de l'économie ont mené à la crise, alors que tous les indicateurs montrent que les "meilleurs élèves" de la stratégie de Lisbonne (Royaume-Uni, Irlande, Espagne) sont les plus durement frappés par la crise, tout comme jadis les "meilleurs élèves" du FMI (telle l'Argentine) étaient les plus durement frappés par les crises régionales, la Commission Européenne s'entête : il faut poursuivre ! Leurs politiques nous ont mené au bord du précipice, faisons donc encore un pas en avant !

Mais malgré leur aveuglement idéologique, la gravité de la situation dans laquelle leur politique nous ont menés est telle que, avec une hypocrisie d'une ampleur rarement égalée, nos chefs d'État européens violent allègrement les principes même des traités qu'ils tentent de nous imposer. Le pacte de stabilité ? Oublié. La sacro-sainte "concurrence libre et non faussée" ? Massivement faussée par les milliards accordés à gauche et à droite. La libre circulation absolue des capitaux, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Union ? Tout d'un coup, ça ne s'applique plus aux paradis fiscaux.

Les médias ont beau saluer les accords Sarkozy-Merkel et les présenter comme une victoire de "l'Europe", il s'agit en vérité de mesures prises contre, ou en tout cas, malgré l'Europe de Lisbonne. Certes, les politiques menées ne font que renflouer les spéculateurs, et non protéger les véritables victimes de la crise. Elles sont à des années-lumières de la politique de relance rendue nécessaire par la crise. Mais elles sont autant de violation des traités européens existant, autant de preuves que la construction européenne telle qu'elle a été faite jusque là est en réalité un carcan, freinant plutôt que facilitant une réponse concertée des pays européens à la crise.

Mais alors, que faire ?

Si la construction européenne actuelle est un carcan, s'opposant à toute politique pour affronter la crise, ce n'est pas pour autant que nous n'avons pas besoin d'Europe. La crise est mondiale, et un pays seul ne peut pas la résoudre. Il peut prendre des mesures pour protéger sa population des pires effets de la crise, en créant un bouclier social au lieu d'un bouclier fiscal, mais plus que jamais il est nécessaire d'avoir des réponses européennes, voir mondiales.

Ces réponses, à l'antipode de celles proposées, voir imposées, par les traités actuels, sont nombreuses. Je ne les détaillerai pas ici, je les avais déjà partiellement évoquées dans mon article précédant.

Mais ces réponses nécessitent de changer d'Europe. D'une Europe de la finance, il faut passer à une Europe des peuples. D'une Europe qui prône la "concurrence libre et non faussée", il faut passer à une Europe qui prône la primauté de l'intérêt collectif sur les intérêts des spéculateurs. D'une Europe qui précarise et favorise les délocalisations, il faut passer à une Europe qui protège les plus faibles avec un bouclier social européen, et un plan à long terme d'harmonisation sociale et fiscale. D'une Europe qui donne plus de droits aux capitaux qu'aux humains, il faut passer à une Europe qui place l'épanouissement et le bien-être de l'ensemble des êtres humains comme la priorité absolue.

La responsabilité historique qui pèse sur nous est énorme. C'est un choix de société. La réponse ne viendra bien sûr pas du parti au pouvoir, totalement en accord avec les choix qui nous ont mené au bord du gouffre, tentant uniquement de sauver les responsables de la débâcle. Elle ne viendra pas non plus d'un parti socialiste qui n'a plus de socialiste que le nom, qui avait participé à la rédaction de l'agenda de Lisbonne, et dont la majorité des élus, par leur abstention ou leur vote favorable, ont participé à l'ignoble forfaiture de Versailles, ratifiant le traité de Lisbonne, et piétinant ainsi l'expression souveraine des peuples français et néerlandais.

La réponse ne peut provenir que de l'ensemble des forces réellement de gauche, ayant à la fois la volonté et le courage politique de changer en profondeur l'orientation de la construction européenne. Mais la réponse ne peut provenir que de l'union de ces forces, politiques, associatives et syndicales, dans un immense Front de Gauche, comparable au Front Populaire de 1936. Face à l'ampleur de l'enjeu, tout refus de l'unité sous un prétexte ou un autre est un acte profondément irresponsable.

De ma modeste voix, je lance à un appel solennel à toutes les forces véritablement ancrées à gauche, et en particulier au NPA, pour qu'ils ne commettent pas l'irréparable en refusant, pour des calcules politiciens, l'alliance historiquement nécessaire entre toutes les forces souhaitant une transformation radicale de la construction européenne.

Cette unité doit aussi avoir lieu à l'échelle de l'Europe, et de puissants outils, comme le Parti de la Gauche Européenne et le groupe de la Gauche Unie Européenne/Gauche Verte Nordique (GUE/NGL), existent déjà et ne demandent qu'à se développer, pour créer un véritable front de gauche, uni, à l'échelle de l'Union.

Conclusion

L'heure est grave, sombre. Mais il ne faut pas désespérer pour autant, il faut se battre, plus que jamais, pour une société plus juste et plus humaine. Souvenons-nous des dernières paroles d'un homme, dans des circonstances bien plus sombres encore pour son pays, les dernières paroles du Président Salvador Allende le 11 septembre 1973, alors que Pinochet, soutenu par la CIA, prenait le pouvoir dans le sang : « Allez de l'avant en sachant que, plus tôt que tard, vous ouvrirez de nouveau les grandes avenues par où passe l'homme libre pour construire une société meilleure. » Ces grandes avenues, de la rue aux urnes et dans l'unité, c'est à nous de les ouvrir.