Introduction

Enfant cubain mangeant une glaceCet article contient beaucoup d'impressions, d'anecdotes et est beaucoup plus subjectif que la plupart de mes autres articles. C'est un compte-rendu de voyage, plus qu'une analyse méthodique. J'ai aussi mis des liens correspondant à des photos illustrant mes propos, toutes les photos étant disponibles sur http://cuba.kilobug.org.

Quelques rappels historiques

Avant la Révolution

La période coloniale

La période coloniale cubaine est "classique", marquée par une utilisation massive de l'esclavage dans les plantations et les mines. C'est ainsi qu'ont fait fortune, sur le travail des esclaves, les grandes familles cubaines comme la famille Bacardi (aujourd'hui vivant à Miami).

Les guerres d'indépendance

Tombe de José MartiContrairement à d'autres pays, Cuba n'a pas connu une seule, mais plusieurs guerres d'indépendance, qui se sont étalées dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Les grands héros de l'indépendance, comme Manuel de Cespedes ou Jose Marti, sont encore fortement honorés aujourd'hui.

L'un des points marquant de l'indépendance cubaine est que l'échec des premières guerres d'indépendance est due non à la réelle supériorité de la couronne espagnole, mais aux divisions internes des cubains, qui furent exploitées avec succès par l'empire espagnol. Cette histoire est encore très présente dans les esprits cubains.

Néo-colonie des États-Unis

À la fin de la dernière guerre d'indépendance, et prenant prétexte de la destruction (dans des circonstances qui n'ont jamais été éclaircies) d'un navire de l'US Navy, les États-Unis interviennent pour aider Cuba contre l'Espagne, mais cette intervention à un prix très lourd: les États-Unis forcent les indépendantistes cubains à inclure dans la Constitution de Cuba le droit pour les États-Unis d'intervenir militairement à Cuba...

Suite à une révolte populaire contre le président fantoche mis en place par les États-Unis, les États-Unis occupent Cuba en 1906 pour trois ans. Toute la période suivante, entre l'indépendance (1902) et la Révolution cubaine, est marquée par l'ingérence systématique des États-Unis dans les affaires intérieures de Cuba, transformant Cuba en une néo-colonie des États-Unis, alternant entre des régimes respectant les formes de la démocratie et des dictatures militaires (dont celle de Batista, de 1952 à 1959).

La Révolution cubaine

La Moncada, l'"Histoire m'acquittera"

La MoncadaLa Révolution Cubaine commence le 26 juillet 1953, lorsque Fidel Castro, Raul Castro et Abel Santamaría, à la tête de quelques dizaines d'insurgés, lancent une attaque contre la caserne "la Moncada", dans le but est de distribuer les armes au peuple afin de lancer une révolution d'ampleur contre la dictateur de Batista.

L'attaque de la caserne échoue. Abel Santamaría et de nombreux rebelles sont tués dans l'attaque, ou alors fait capturés, torturés et exécutés. Fidel et Raul Castro sont eux capturés quelques jours plus tard, et jugés. Au cours de son procès, Fidel Castro prononcera un célèbre discours "l'Histoire m'acquittera", expliquant les raisons de son action, ainsi que son programme de gouvernement une fois Batista renversé. Ils seront condamnés à de lourdes peines de prison, commuée plus tard en exil sous la pression populaire.

La caserne fut plus tard convertie en école.

Le débarquement du Granma

Exilés au Mexique, les deux frères Castro vont faire la rencontre d'un autre exilé cubain, Camilo Cienfuegos, et d'un médecin Argentin: le docteur Ernesto Guevara de la Serna, surnommé plus tard le "Che". Ensemble, ils vont fonder le Mouvement du 26 Juillet, et préparer un retour à Cuba.

Ils seront 82 à embarquer sur un bateau nommé le Granma pour effectuer la traversée vers Cuba. Une diversion avait été prévue pour leur permettre de débarquer, mais le mauvais temps leur fit arriver un jour plus tard que prévu. L'armée de Batista les attendait, et seules 12 personnes survécurent.

La Sierra Maestra

Sierra MeastraCes 12 rebelles, équipés de 7 fusils, ne se laissèrent pas aller au découragement. Se réfugiant dans la Sierra Maestra (la plus grande chaine de montagne de Cuba, recouverte d'une jungle tropicale), ils commencèrent à recruter de l'aide parmi les paysans de la montagne. Ils établirent leur quartier général

Ils appliquèrent tout au long de leur lutte la "principe de non-cruauté", c'est à dire, qu'ils n'ont jamais utilisé la torture, qu'ils ont toujours soigné et relâché les prisonniers ennemis (sauf ceux s'étant rendu coupables de tortures ou de massacres de civils, qui furent pour certains exécutés), et qu'ils n'ont jamais pratiqué le racket au près des populations civils. Les raisons étaient éthiques, mais, ne soyons pas naïf, l'éthique n'était pas la seule raison. La principale raison était stratégique: l'objectif des révolutionnaires était de s'attirer la sympathie des populations locales, et de conduire les troupes de Batista (des conscrits peu motivés) à se rendre plutôt qu'à se battre.

La bataille de San Domingo

Cette phase de la Révolution se termina lors de la bataille de San Domingo. Au cours de cette bataille, où l'armée de Batista, forte de 10 000 hommes, tenta en vain de vaincre les 350 rebelles de la Sierra Maestra, la stratégie choisie par Fidel fut récompensée: bien sûr, leur meilleur connaissance du terrain, et leurs positions stratégiques les aidèrent beaucoup. Mais les deux principales raisons de la victoire des rebelles, pourtant 30 fois moins nombreux, furent le soutien de la population locale aux rebelles, et la faible motivation des soldats de Batista, qui préféraient se rendre plutôt que de se faire tuer - tandis que les rebelles, motivés par des idéaux, et sûrs d'être torturés ou exécutés en cas de capture, se bâtirent toujours jusqu'au bout.

Fuite du tyran

Après la bataille de San Domingo, les rebelles ont étendus leur offensive. Les États-Unis, sentant la partie perdue pour Batista, en raison du fort soutien de la population cubaine pour les rebelles, cessèrent de soutenir Batista, espérant pouvoir acheter ou contraindre Fidel Castro à servir leurs intérêts.

Batista, essuyant défaite sur défaite, et lâché par ses alliés les plus puissants, s'enfuit alors du pays - emportant avec lui une grande quantité des stocks d'or de la Banque de Cuba (comparons donc avec les Communards, qui même au cours de la Semaine Sanglante, refusèrent de violer la Banque de France).

Les débuts de la Révolution

Alphabétisation, développement des régions

Un monde meilleur est possibleFidel Castro, victorieux, est accueilli triomphalement à La Havane. Il lance les grands projets correspondant à ce qu'il avait promis dans "l'Histoire m'acquittera": en particulier, l'analphabétisation est éradiquée en l'espace de quelques années.

Les régions les plus pauvres sont désenclavées, et de gros progrès sont faits en matière d'éducation et de santé publique.

Nationalisations et la crise avec les USA

Fidel Castro entreprend alors une partie de son programme, visant à quitter l'état de néo-colonie: il nationalise les grandes industries possédées par les pays étrangers. Le pays ruiné par Batista (parti avec les stocks d'or) il propose tout de même une indemnisation aux pays expropriés: mais ne pouvant la payer sur l'instant, il propose de la verser sur 30 ans. Tous les pays acceptent à l'exception d'un seul: les États-Unis.

Ceux-ci répondent en cessant toute livraison de pétrole à Cuba. Cuba se tourne alors vers le seul pays capable de lui fournir le précieux or noir: l'URSS. La surenchère continue, les États-Unis punissant Cuba d'avoir fait du commerce avec l'URSS, et ainsi de suite.

La Baie des Cochons

Baie des cochonsCette tension croissante entre Cuba et les USA découle sur l'invasion de la Baie des Cochons en 1961. Des mercenaires, armés, équipés et entraînés par les États-Unis, tentent d'envahir Cuba, avec le soutien logistique de l'US Army.

Des avions de l'US Air Force, déguisés pour porter les couleurs des FAR (Forces Armées Révolutionnaires cubaines), effectueront des bombardement. Les États-Unis nieront leur participation dans l'attaque, allant jusqu'à refuser pendant plus de 10 ans de réclamer le corps d'un pilote de l'US Air Force abattu par les défenses Cubaines au cours de l'invasion. Jimmy Carter admettra finalement l'implication de l'US Army, et le corps sera rapatrié.

Mais une leçon très importante est à retenir sur la Baie des Cochons. L'endroit ne fut pas choisi au hasard. Avant la Révolution, cet endroit était le plus pauvre du pays, un immense marécage avec très peu d'infrastructures. Les mercenaires, gardant en tête ce souvenir, espéraient profiter de l'isolement pour s'établir sur place. C'était sans compter sur les travaux réalisés par la Révolution, en l'espace de deux ans: la région était désormais munie de routes. Et des écoles, comme des dispensaires médicaux avait été récemment ouverts; ces équipements ont conduit la population locale à se solidariser avec la Révolution, et à se porter volontaire, massivement, afin de repousser les mercenaires.

Il est aussi à noter que Fidel Castro ne commandait pas depuis son palais à La Havane, mais qu'il était présent sur le champ de bataille, risquant sa vie avec ses hommes. La légende dit même qu'à l'intérieur d'un blindé il réussit à endommager une frégate de la CIA...

Cuba après la chute de l'URSS

La Période Spéciale

La chute de l'URSS fut désastreuse pour Cuba. Son économie était totalement dépendante de l'URSS. L'exportation de canne à sucre, première source du pays, est tombée en l'espace d'une année de 8 millions de tonnes à 2 millions de tonnes.

Cette période de crise économique grave est nommée la Période Spéciale. Il est à noter que même au pire de cette crise, si les coupures de courant furent fréquente, la gratuité de la santé et de l'éducation ne furent jamais remis en questions (alors que chez nous...). Les travailleurs des plantations de canne à sucre fermées se virent tous proposer soit un nouvel emploi, soit de reprendre des études, mais en conservant leur salaire.

L'ALBA

Drapeau vénézuelienUne embellie est arrivée à Cuba depuis une dizaine d'années: l'avènement de gouvernements de gauche en Amérique Latine, d'abord le Vénézuela, puis le Brésil, la Bolivie, l'Équateur, ...

En particulier, l'ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques), initiée par le Vénézuela et Cuba, avec son programme "pétrole contre médecins" (Cuba envoyant des médecins et des enseignants dans les missions sociales du Vénézuela, en échange de pétrole vénézuelien vendu bien au-dessous des cours du marché), a parmi à Cuba un grand bol d'air frais, et de sortir de la terrible crise économique.

Impressions et analyses

Cuba, le pays où les enfants sont rois ?

Quelques généralités

enfants cubainsCe slogan parfois utilisé par les défenseurs de Cuba correspond il à une réalité ?

Il est indéniable que des efforts très importants sont effectués de par le gouvernement cubain en faveur des enfants. Dés la naissance, les parents se voient accorder un an de congés payés. L'éducation est une priorité à Cuba. Non seulement elle est totalement gratuite (y compris l'uniforme et les fournitures), mais les enfants se voient offrir le repas du midi (et parfois même le petit déjeuner), lors des jours de classe, afin de fournir à tous une alimentation équilibrée et de qualité.

Les enfants se voient aussi attribués des "tickets de rationnement", leur permettant d'obtenir gratuitement des denrées, par exemple un litre de lait par jour. Attention, il ne s'agit pas de rationnement au sens classique du terme (quantité maximale que l'on peut acheter), mais d'une quantité offerte par l'État (ou parfois disponible à prix symbolique). Au delà, il est bien sûr possible d'acheter d'avantage, au prix normal.

Un grand nombre d'activités sont aussi organisées, comme des clubs d'échec (équipés de matériel informatique), des cours de musique, des activités sportives, des clubs d'informatique, pour occuper les enfants hors des périodes scolaires, toutes ses activités étant bien sûr gratuites.

En se promenant dans l'île, on peut voir de nombreux enfants, toujours bien portant (bien sûr il arrive d'en voir un avec le bras dans le plâtre, les accidents arrivent là-bas comme partout), souriant, visiblement heureux. En discutant avec eux, on se rend compte qu'ils sont ravis d'aller à l'école, et qu'ils ont tous des projets d'avenir. Souvent des projets "nobles", pour aider les autres: ils veulent être médecin, professeur, infirmier, pompier... quelques uns artistes ou sportifs. Ils aiment les maths pour l'un, l'histoire pour l'autre, le dessin pour un troisième. Et, malgré la pauvreté générale du pays, beaucoup d'entre eux possèdent des bicyclettes.

Le système éducatif cubain

une classeJ'en ai déjà un peu parlé. Éducation gratuite... mais de qualité ?

Il y a sans doute quelque chose à Cuba qui ferait attraper une crise cardiaque à notre Xavier Darcos national: en primaire, le nombre d'enfants par classe est désormais limité à ... 12. Oui, douze. Dans le secondaire, à 20. En France, il n'est pas rare de voir des classes à plus de 25 dans le primaire, et à plus de 30 dans le secondaire ! Pourquoi à 12 ? Parce que ça permet à l'instituteur de s'occuper personnellement de chaque enfant, en fonction de ses points forts et de ses points faibles.

Propagande ? J'en doute. Nous avons visité un petit village de montagne, et vu l'école du village. Il y avait trois classes: une de 12, une de 8 et une de 7 élèves. L'institutrice nous a expliqué qu'un peu plus haut dans la montagne, dans un village isolé, il y a une école avec un seul enfant. Un enfant, mais un instituteur à plein temps, une télévision, un ordinateur. En roulant dans la campagne cubaine, nous avons vus, très souvent, dans les petits villages, une école, voir plusieurs, reconnaissables à leur buste de José Marti à l'entrée.

Les écoles sont de plus toutes équipées en matériel audiovisuel (une télévision et un magnétoscope ou lecteur de DVD par classe), et même informatique, et ceci malgré l'extrême difficulté pour Cuba d'importer du matériel informatique, fabriqué en partie (par exemple pour le microprocesseur) aux États-Unis.

Qu'en est-il de l'université à Cuba ? Tout d'abord, elle est totalement gratuite elle aussi. Mais non seulement elle est gratuite, mais les étudiants sont rémunérés pendant leurs études ! L'État pousse le zèle jusqu'à offrir, pour les étudiants forcer de voyager loin de chez eux pour leurs études, l'hébergement et... deux aller-retour pour rentrer voir leur famille, chaque année.

Que dire sur le contenu de l'éducation à Cuba ? Il y aurait beaucoup de choses à dire. Il faudrait d'ailleurs faire un voyage rien que pour ça. Trois choses m'ont marquées, surtout.

une scène de classeLa première, c'est l'apprentissage des responsabilités, dés le plus jeune âge. En nous promenant, nous avons assisté à des cours de sport, par exemple. Et bien le plus souvent, c'est un enfant de la classe qui indique aux autres ce qu'ils doivent faire, le professeur se contentant de surveiller et d'émettre des remarques. Les élèves prennent le rôle du "leader" à tour de rôle, chacun apprenant à avoir des responsabilités. La même idée est repris avec les délégués de classe. Nous avons eu l'occasion de nous entretenir avec la déléguée d'une classe de primaire, et leur rôle ne se borne pas, comme chez nous, à faire de la figuration dans les conseils de classe. Ils participent, avec les adultes, à la planification des activités extra-scolaires, au règlement des problèmes de discipline, ...

Le deuxième point est ce qu'ils appellent "l'éducation intégrale". Toutes les matières, mathématiques, espagnol, histoire, sport, art, ... sont couvertes. Mais le système ne s'arrête pas là. Par exemple, aux alentours de 14 ou 15 ans, tous les élèves cubains vont effectuer un stage d'un mois en "école rurale". Là-bas, ils apprennent les bases de l'écologie et de l'agriculture, et participent à la culture de fruits et de légumes (fruits et légumes qu'ils consommeront directement, et ne seront pas vendus, pas de travail des enfants à Cuba). L'objectif est triple: d'abord donner une éducation intégrale, couvrant tous les domaines, ensuite sensibiliser les élèves aux enjeux d'écologie, mais aussi, et peut-être surtout, essayer de briser le sentiment de supériorité qui peut exister parmi les intellectuels envers les "paysans". En ayant été eux-mêmes "paysans" pendant un mois, les adolescents cubains comprennent mieux toute l'importance et la difficulté de la tâche.

Le dernier point concerne les punitions. En matin, nous avons assistés à la rentrée des classes. Et nous avons vus des enfants arriver en retard, en courant. L'institutrice se contentera de leur crier de ne pas courir pour ne pas risquer de se blesser. Cette scène nous a poussé à discuter avec l'institutrice et avec la déléguée de classe sur les punitions dans l'école. La déléguée fut très surprise par notre question, en particulier quand un membre du groupe a évoqué les mesures comme l'exclusion qui ont vigueur en France. La pauvre gamine a du se dire "mais quels barbares ces français, ils punissent leurs enfants, et les excluent même de l'école !" Elle fut trop polie pour nous le dire en face. L'institutrice nous a expliqué qu'il n'y a pas de punitions dans les écoles, sauf cas vraiment exceptionnel. En cas de problème, l'affaire est d'abord réglée entre les adultes, le délégué de classe, et le fautif, par la discussion. Si le problème n'est pas réglé, alors les parents sont informés, qui eux peuvent punir l'enfant, mais uniquement en privé (jamais devant les autres enfants), et sans utiliser de violence (frapper un enfant, y compris le sien, est illégal à Cuba).

En ce qui concerne les élèves les plus problématiques, il existe à Cuba des écoles spéciales, qui mettent en général l'accent sur des disciplines artistiques ou sportives, afin d'adresser les problèmes de comportement. Les expériences menées, là-bas comme ici, montrent en effet que beaucoup d'adolescents "à problèmes" peuvent être réinsérés dans la société, sans violence, en passant par l'art ou le sport.

Des enfants gâtés ?

un enfant et un oiseauMais alors, les enfants cubains sont-ils gâtés ? Et bien... non. Ils sont polis, aimables, souriant. Très peu de délinquance, de vandalisme. Les rares scènes d'enfants en colère, criant, pleurant, faisant la "comédie" que nous avons vues provenaient de touristes. Un fait marquant, par exemple, est le calme et la concentration des élèves dans l'école que nous avons visitée, malgré notre présence.

De quoi prouver une fois pour toute que les réactionnaires qui prétendent que seules les punitions, les châtiments corporels et l'autorité peuvent amener des enfants à se comporter bien sont dans l'erreur. L'amour, le respect, la mise en situation de responsabilité, et l'assurance d'une place dans la société sont bien plus efficace.

Mensonges et réalités

Dans cette section, je vais adresser rapidement un certain nombre de choses qui "se disent" sur Cuba.

Une rue cubaineOn entend souvent qu'à Cuba, il y a des zones réservées pour les touristes, qu'ils n'ont pas le droit de se mêler à la population, de discuter avec elle. Il n'y a rien de plus faux. Les seuls zones interdites aux touristes sont les zones militaires (comme dans tout pays du monde). Et les lieux privés (ou semi-publics comme des lieux de travail), où, comme partout, il faut une autorisation pour entrer. Que ce soit en groupe ou individuellement, nous avons pu nous promener dans les petites rues de n'importe quelle ville, rencontrer la population locale et discuter avec elle. Par exemple, nous avons pu assister sans la moindre difficulté au spectacle des enfants de l'école du quartier, et discuter avec les parents d'élèves venus y assister.

On nous dit aussi que les hôtels ou les plages sont réservés aux touristes. Je l'ai d'ailleurs moi-même cru. En réalité, si ça a été le cas pendant une période pour lutter contre la prostitution, depuis que celle-ci a très fortement reculé, la règle est assouplie et les cubains peuvent aller sur les mêmes plages et loger dans les mêmes hôtels que les touristes - mais ne peuvent pas partager une chambre avec un touriste. Nous avons donc pu voir de nombreuses familles cubaines loger dans les mêmes hôtels que nous, par exemple dans la piscine de cet hôtel se côtoient touristes et cubains. Les prix des chambres (trop élevés pour la plupart des cubains) sont pris en charge par les comités d'entreprise, nous a-t-on dit. Je ne sais pas exactement selon quelles modalités, hélas.

Il dit aussi beaucoup de choses sur la misère à Cuba, les pénuries de papier toilette, les coupures d'électricité quotidiennes, le manque de savon dans la magasins, ... nous n'avons constaté absolument rien de tout ça. Pas une coupure de courant en deux semaines, y compris dans les petits villages, par exemple. Il n'existe aucune forme de misère extrême à Cuba (pas de SDF, pas de personnes mal nourries ou mal vêtues), chose extrêmement rare dans la région. De même, le racisme semble avoir totalement disparu dans ce pays totalement métissé, ce qui est une différence majeure avec les autres pays d'Amérique Latine où les divisions de classe se superposent aux divisions ethniques. Par contre, il est vrai que le pays n'est pas riche, les voitures ou les motos sont vieilles et visiblement réparées à la main, beaucoup d'habitants se déplacent en vélo, dans des calèches ou font du stop.

Enfin, le dernier point repris par nos médias préférés est l'existence d'une nomenklatura à Cuba. Y compris à La Havane, nous n'avons pas constater de signes extérieurs de richesse sur une partie de la population. Plusieurs membres du groupe ont été en URSS avant sa chute, et tous ont reconnu avoir vu de tels signes en URSS (des voitures de luxe, ou autres signes extérieurs de richesse, par exemple), alors qu'ils n'ont rien remarqué de tel à Cuba.

Une manufacture, parmi d'autres

Dans le courant du séjour, nous avons visité une manufacture de cigares. Les conditions de travail y sont parfaitement correct, même selon un standard occidental: semaine de 44 heures, 4 semaines de congés payés, ce qui est moins favorable qu'en France, mais bien plus que dans les autres pays d'un niveau de développement comparable à Cuba. L'ambiance était plutôt décontractée, et les cadences loin d'être infernales. Enfin, pour déboulonner le mythe du "dans un système socialiste tout le monde gagne pareil et donc personne ne fait rien", il y a dans cette manufacture (mais le système semble assez général) un mécanisme de primes, pour les ouvriers (ou ouvrières) qui produisent au-delà d'un certain seuil.

Deux choses sont à signaler de plus, tout d'abord, l'existence dans la manufacture d'un centre de formation pour apprentis, système qui semble général à Cuba, et une anecdote: en début de matinée, et en début d'après-midi, pendant 1h, des artistes viennent divertir les ouvriers, en leur lisant des histoires, ou en leur jouant de la musique, et ceci, afin de tuer l'ennui d'un travail sinon trop répétitif, et d'éviter la démoralisation.

Certes, peut-être qu'il s'agit d'un cas unique... mais les discussions tout au long du voyage avec la population ne semblent pas l'indiquer.

Un pays sûr, paisible et propre

place d'une petite villeL'impression générale qui ressort du pays est la même que dans les pays scandinaves: un pays sûr, paisible et propre. Des petits détails confirment d'ailleurs cette impressions: les portes sont rarement fermées à clé, les enfants ou les personnes âgées se promènent seuls dans les rues même le soir. L'auto-stop est une pratique très courante, y compris pour des femmes seules.

Il y a plusieurs raisons à ça. Tout d'abord, les cubains sont toujours disponibles pour aider. On peut se perdre dans les ruelles d'une ville le soir, dés qu'on commence à chercher un peu, des cubains viennent nous demander si on a besoin d'aide, et nous indique gentiment ce qu'on cherche - voir même nous y accompagnent. Des scènes comme celles qui se passent parfois en France, où une personne est agressée ou violée dans un train sans que personne ne réagisse paraissent surréalistes pour les cubains. La deuxième raison est bien sûr l'éducation et l'absence de chômage et de misère. Enfin, il est vrai que la justice cubaine à tendance à être assez sévère, le taux d'incarcération sur l'île étant sensiblement plus élevé qu'en Europe (mais plus faible qu'aux États-Unis).

Un autre phénomène contribue grandement à cette impression de propreté et de sérénité. J'ai mis un peu de temps à comprendre, en fait, je m'en suis rendu compte dans la chambre d'hôtel le soir, zappant sur CNN pour tenter de savoir ce qui se passait dans le monde. Et là j'ai revu quelque chose que je n'avais pas vu (pour mon plus grand plaisir), depuis mon arrivée sur l'île: la publicité ! L'omniprésence, agressive, des panneaux publicitaires fut d'ailleurs l'un de mes plus grands chocs au retour...

Bien sûr, comme tout pays latino, le caractère paisible cède souvent le pas à la musique, la fête, la danse, omniprésentes.

Des mendiants et des prostituées ?

Un phénomène assez frappant dans les pays "pauvres", en particulier au Magrheb (pour parler de mes expériences personnelles) est le nombre élevé de mendiants qui viennent dés qu'un touriste approche. À Cuba, il y en a aussi... mais voyons un peu plus précisément.

Tout d'abord, à Cuba, nous n'avons vu de mendiants que dans les zones très touristiques, près des monuments ou des places qui attirent le plus de touristes. Dés qu'on sort un peu de ces zones, et qu'on va dans la "vraie" Cuba, celle des cubains, il n'y en a plus. Du tout. Donc le phénomène reste donc très limité, en réalité, même si l'impression d'un touriste qui ne sort pas des zones touristiques peut être différente.

La deuxième différence est qui sont ces mendiants. À Cuba, il n'y a pas d'enfants qui mendient. Ni de personnes âgées. Ni de personnes handicapées.

Et la troisième, et plus fondamentale, différence est qu'est-ce qu'ils mendient. Ils ne mendient pas de la nourriture, ni des vêtements, ils en ont. Non, ce qu'ils mendient se sont... des cosmétiques, difficiles à trouver à Cuba en raison du blocus ! Ou des "CUC" (pesos convertibles), bien sûr, voir plus loin. C'est à dire, du "luxe".

Enfin, en ce qui concerne la prostitution, je n'ai vu aucune prostituée en deux semaines, y compris le soir dans les rues de La Havane. Deux semaines est une période trop courte pour tirer une conclusion, mais des discussions avec des cubains et les autres membres du groupe confirment cette impression: la prostitution a très fortement diminuée, et est désormais chose rare. Les boites de nuit sont à peu près le seul endroit où l'on peut encore en rencontrer.

Un peuple opprimé ?

La HavaneLe peuple cubain est presque toujours présenté comme un peuple opprimé, vivant dans la terreur. Ce n'est pas du tout ce que l'on observe dans le pays.

Rappel de quelques faits

Tout d'abord regardons les rapports d'Amnesty International. Ils ne sont pas spécialement tendres avec Cuba, et reprochent de nombreuses choses. Mais si on regarde les faits les plus graves... on se rend compte que pour les faits suivants (par exemple): "assassinat politique", "torture ou traitement inhumain", "impunité suite à un crime commis par les agents de l'État", "violence contre les mineurs par des agents de l'État", des cas sont signalés dans plusieurs pays de l'Union Européenne et/ou aux États-Unis... mais pas à Cuba. Ce qui ne veut pas dire que la situation est parfaite à Cuba, bien sûr. Mais qu'avant de pointer du doigt ce pays, on ferait bien de regarder chez nous...

D'autre part, contrairement à ce qui est dit par nos médias, il y a des manifestations à Cuba, qui ne sont nullement réprimées. Par exemple, les "femmes en blanc" (épouses ou mères des soi-disant "prisonniers politiques") manifestent régulièrement à La Havane. Elles sont parfois délogées, sans violence, par la police lorsqu'elles tentent d'approcher certains bâtiments, mais sans plus... alors qu'en France, les CRS ont utilisé les lacrymogènes contre les infâmes gauchistes qui, à bonne distance du palais de Versailles, osaient réclamer le respect du référendum de 2005 !

Enfin, il est important de rappeler que contrairement aux "pays de l'est", le système cubain n'est pas tombé à l'effondrement de l'URSS, et ce, malgré la terrible "Période Spéciale". Lorsque les États-Unis ont voté la loi Helms-Burton durcissant le blocus contre Cuba, les opposants disaient que le "régime" n'avait plus que quelques mois à tenir. Et en effet, si, comme ils l'affirment, la population cubaine avait été massivement opposée au "régime", il n'aurait pas pu survire à la chute de l'URSS combinée au durcissement du blocus. Mais il a survécu, chose rendue possible uniquement par le fort soutien dont jouit le système (et tous ses avantages, en particulier en matière de santé et d'éducation) auprès de la population.

Observations et impressions

Tout d'abord, à Cuba, il y a très peu de policiers. Sauf à La Havane, qui en temps que ville de 2 millions d'habitants possède un taux de délinquance un peu plus élevé, nous n'avons vu aucun policier en armes dans les rues des villes. Il y a bien des gardes à l'entrée de certains monuments et bâtiments officiels et des policiers contrôlant la circulation sur les grandes routes, mais très peu dans les rues des villes elles-mêmes.

La plupart des policiers, sans armes, et souvent seuls, qui remplissent des tâches comme raccompagner les personnes égarées (touristes perdus, personnes en état d'ivresse, ...). Quand nous avons expliqué à des cubains les scènes de la Gare du Nord ou du métro parisien, avec des militaires patrouillant, mitrailleuse en main, ou des policiers armés contrôlant systématiquement les personnes "de couleurs", ils n'ont pas voulu nous croire... "propagande" pour eux. Impossible, dans le "pays des Droits de l'Homme" que la police effectue des contrôles au faciès. Et pourtant...

un groupe chantant Hasta SiempreUne anecdote, qui permet de se rendre compte du très fort capital de sympathie de la Révolution Cubaine auprès des populations est la fameuse chanson, "Hasta Siempre", écrite en hommage au Che. Cette chanson est réellement populaire à Cuba, reprise par la plupart des petits groupes semi-professionnels, et reprise en choeur par la plupart des cubains présents lorsqu'elle est chantée. Y compris le dernier couplet, affirmant pourtant « Seguiremos adelente, como junto a ti seguimos, y con Fidel te decimos: Hasta Siempre, Commandante ! » (« Nous continuerons à aller de l'avant, comme nous le faisons maintenant à tes côtés, et avec Fidel nous te disons: pour toujours, Commandant ! »). Certes, il s'agit d'une chanson faisant partie du folklore local, mais tout de même, folklore ou pas, les cubains chanteraient ils spontanément une chanson glorifiant le Che et Fidel, s'ils étaient vraiment opprimés ? Quand à l'émotion qui accompagne cette chanson, dans la voix des chanteurs, elle semble bien réelle.

Une autre anecdote est la réaction des cubains, lorsqu'ils constatent que nous ne sommes pas des touristes "lambda", mais des touristes "engagés" (par exemple, lorsqu'ils se rendent compte que j'ai un t-shirt avec le Che, chose qu'ils ne font en général pas au premier regard, vu que ma veste le couvre partiellement). Systématiquement, c'est une réaction amicale, fraternelle, des "compañeros !", des embrassades. Certes, dans une dictature, ils auraient sans doute peur de manifester ouvertement du déplaisir devant le Che... mais de là à manifester, aussi fortement, leur plaisir, il y a tout de même de la marge.

une pancarte parmi d'autresEnfin, la dernière anecdote est la présence de nombreuses inscriptions favorables à la Révolution. Aucune ne sont souillées. Certes, une dictature peut imposer qu'on ne les souille pas (mais, même au pire de l'Occupation, « à l'heure du couvre-feu des doigts errants avaient écrit sous vos photos "morts pour la France" et les mornes matins en étaient différents »). Où sont donc les "doigts errants" à Cuba ? Mais cela va même plus loin: non seulement les inscriptions ne sont pas souillées, mais de nombreuses inscriptions manuscrites, artisanales, peuvent être trouvées dans le pays. Quel niveau de peur faudrait il pour pousser une population à honorer ainsi ceux qui soi-disant les oppressent ? N'est-il pas plus crédible que ce soutien soit réel, dans au moins une grande partie de la population ?

Bien sûr, comme partout, il y a aussi quelques inscriptions qui ne sont pas du soutien au système en place, par exemple, dans une grande avenue (l'Avenue des Présidents) de La Havane, nous avons pu voir un symbole anarchiste, qui n'avait pas l'air de déranger les autorités, et qui visiblement était là depuis quelques temps.

loge maçoniqueEnfin, le dernier point qui surprend si on s'attend à trouver une dictature à Cuba est la présence de nombreuses loges de la Franc-Maçonnerie. Les Francs Maçons, une organisation dont l'objectif principal est le libre débat des questions de société, ont toujours été réprimés par les dictatures... et ils sont pourtant très officiellement installés à Cuba. Certes, l'appartenance de José Marti à la Franc-Maçonnerie y est sans doute pour quelque chose... mais tout de même.

Les CDRs: oppression ou démocratie ?

Les CDRs (Comités de Défense de la Révolution) sont présentés comme étant les organes de contrôle de la population. Qu'en est-il réellement ?

En effet, à l'origine, les CDRs furent créés pour aider à la lutte contre les sabotages et la contre-révolution, des mercenaires (semblable à ceux de la Baie des Cochons) ou des nostalgiques de Batista tentant de renverser le gouvernement.

Mais les temps ont bien changé, et le rôle des CDRs aussi. Actuellement, les CDRs, structures de petite taille (une rue) regroupées en zones (un quartier), où chaque habitant peut s'exprimer, organisent surtout la vie des quartiers. Ce sont eux par exemple qui aident à coordonner les secours et les évacuations en cas d'ouragan, et qui organisent le contrôle... des élus !

un CDRLes CDRs se réunissent en plein air (sauf jours de pluie, j'imagine), et tout le monde (y compris les touristes) peut assister aux délibérations. Les interventions concernent les problèmes au quotidien, par exemple, un homme disant qu'il comprend qu'un élu local puisse avoir une voiture de fonction, mais qu'il faudrait qu'il fasse comme tout le monde et qu'il... prenne les auto-stoppeurs !

Ne soyons pas naïf, il est évident que les CDRs peuvent aussi servir, de manière informelle, à mettre à l'index les "mauvaises personnes", qui critiquent trop le "système", et qu'une telle pression sociale existe sans doute à Cuba. Mais n'est-ce pas le cas chez nous aussi ? Il y a même des petites villes où constituer une liste de gauche aux municipales est extrêmement difficile, parce que ceux qui acceptent d'y figurer se font mal voir par le reste de la population. Et l'exemple doit sans doute exister dans l'autre sens aussi, même si je n'y ait pas été confronté.

Une petite conclusion

Bien sûr, tous les cubains ne sont pas d'accord avec le système. Et beaucoup d'autres ont des points de désaccord, souvent mineurs. Mais tout dans le pays donne à penser que le soutien de la population pour le système, dans son ensemble, est très, très fort. C'est un climat totalement différent de celui que l'on peut voir au Maroc ou en Tunisie, par exemple.

En prison pour avoir lutté contre le terrorismeFinissons par une citation d'une journaliste de Radio Nambi, radio d'extrême droite avec laquelle nos "amis" de Reporters Sans Frontières travaillent pour leurs campagnes contre Cuba: « Lorsque ce régime sera tombé, il faudra passer un bulldozer de Pinar del Rio[1], jusqu'à Santiago [2], car tous les habitants de cette île ont été, à un moment ou à un autre, des partisans de cette Révolution. Il faudra ensuite la repeupler avec les gens de Miami. »

La liberté d'expression

En effet, il n'y a pas de "liberté de la presse" à Cuba. La propriété privée des moyens d'information n'est pas autorisée, et les médias appartiennent donc à l'État. La raison officielle est que tout média privé (à but lucratif, donc) ne pourrait que difficilement faire autrement que de devenir des mercenaires au service des États-Unis (il est beaucoup plus rentable de recevoir, facilement, des millions de dollars du NED que de vendre un journal aux cubains). C'est un argument qui se tient, même si le remède est pire que le mal.

Mais un certains nombre de faits vont relativiser ce problème (je dis bien relativiser, le problème demeure ma principale critique contre le système cubain).

Tout d'abord, comme je l'ai expliqué dans de nombreux articles, la situation n'est pas glorieuse chez nous non plus.

Ensuite, si on regarde Granma, on peut voir qu'il ne s'agit pas uniquement de propagande. En particulier, dans le "courrier des lecteurs" on trouve des critiques pour tel ou tel aspect de la politique, contre tel ou tel dirigeant local. Bien sûr ces critiques sont filtrées, mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, elles existent.

Une paraboleMais surtout, les cubains ont accès à de l'information "hostile" au système. Ils peuvent lire la presse des États-Unis (j'ai vu plusieurs personnes, visiblement cubaines, à une terrasse entrain de le faire). Ils reçoivent la télévision et la radio des États-Unis, soit depuis Miami, soit par satellite. Ils peuvent regarder CNN, s'ils le souhaitent (chaîne d'ailleurs disponible dans les hôtels, y compris dans ceux où logeaient également des cubains). Au cinéma, ils peuvent voir des films d'Hollywood.

Poussant le ridicule jusqu'au bout, et violant une fois de plus les règles élémentaires de la diplomatie, les États-Unis transmettent depuis quelques années des messages sur les murs de leur "ambassade" (section des intérêts). Le gouvernement cubain, en réponse, n'a pas rendu le message illisible (il aurait pu, avec des projecteurs, ou en construisant une tour devant), mais a planté une mer de drapeau noirs (symbolisant les victimes du terrorisme anti-cubain), remplacée par une mer de drapeaux cubains les jours de fête, le tout accompagné d'un monument en hommage aux victimes de l'impérialisme, états-unien au nom, en Amérique Latine, en Amérique du Nord, mais aussi pour Hiroshima et Nagazaki. Mais le message, lui, reste lisible.

Enfin, la liberté d'expression au quotidien n'est elle aucunement restreinte. Même si l'immense majorité des cubains que nous avons rencontrés se montraient favorables au système, nous avons vu quelques exceptions, comme un artiste qui se plaignaient du taux d'impôts sur les ventes d'oeuvres (40%, sachant qu'il s'agit du seul impôt, il n'y a ni impôt sur le revenu, ni TVA à Cuba), et même un cubain qui nous a dit "Castro" en faisant avec son doigt le geste de trancher la tête, en pleine rue, sans avoir l'air d'avoir peur.

De même, à l'intérieur d'une église (Notre Dame du Cuivre, pourtant très visitée par les touristes), nous avons pu voir un appel à libérer les "prisonniers politiques". L'église est un lieu privé, appartenant à l'Église Catholique, et le gouvernement n'intervient donc pas dans ce qui est affiché à l'intérieur. Sans doute y a-t-il des limites, mais c'est le cas partout. La situation n'est pas non plus générale, nous ne l'avons vu que dans une seule des églises que nous avons visitées.

L'UCI le 1er maiSur l'accès à Internet, beaucoup de choses se disent. Il faut savoir que Cuba ne peut pas se connecter sur la fibre transatlantique (qui passe pourtant à proximité), en raison du blocus. De même, l'achat d'ordinateurs doit se faire par des réseaux détournés, puisque les fondeurs de microprocesseurs (par exemple) sont tous de nationalité états-unienne. Avec toutes ces contraintes, il ne fait aucun doute que l'accès à Internet pour tous n'est tout simplement pas possible. Il y a alors deux manières de faire: soit de mettre un prix très élevé, et donc de réserver l'accès à quelques privilégiés, soit de décider des catégories de populations prioritaires. C'est ce choix qui a été fait par les autorités cubaines, conforme à leur éthique. Et donc Internet est réservé aux étudiants, aux chercheurs, et bien sûr, ne soyons pas naïf, aux agents des services secrets.

Prétendre qu'il ne s'agit que d'un immense complot du gouvernement (utilisant l'embargo comme excuse) est risible, a fortiori quand on voit l'emphase mise par le gouvernement cubain sur l'informatique et les "nouvelles technologies" (ordinateurs dans toutes les écoles, l'UCI, Université des Sciences Informatiques en tête du défilé du 1er mai, ...). Le gouvernement cubain, au pire, aurait procédé comme la Chine, c'est à dire en autorisant l'accès à Internet, mais en verrouillant et surveillant ce qui est en fait; mais pas avec une restriction massive comme actuellement, qui n'est elle justifiée que par le blocus (je ne dis pas que c'est ce qu'il aurait fait sans le blocus, je ne sais pas, mais je dis que c'est ce qu'il aurait fait si le véritable problème était la censure et non le blocus).

Et contrairement à la rumeur, il existe de nombreux opposants non inquiétés par le gouvernement, comme par exemple Oswaldo Paya, qui est pourtant allé jusqu'à soutenir le coup d'État contre Hugo Chávez en 2002. Ceux qui sont inquiétés le sont pour recevoir de l'argent de la part des États-Unis (et ceux-ci admettant officiellement dépenser des millions de dollars à cette fin, il ne s'agit pas d'une affabulation) pour renverser le gouvernement cubain - crime d'"intelligence avec une puissance étrangère" voir de "haute trahison" réprimé partout dans le monde. Comme je le disais dans mon article précédant, il m'est impossible d'affirmer que toutes les personnes arrêtées soient coupables - mais je n'ai vu aucun argumentaire étayé prenant un cas précis et montrant son innocence, uniquement une condamnation en bloc de toutes les peines, alors qu'il est indéniable que certains sont coupables.

Cuba, le seul pays du développement durable ?

Un tocoroJ'en avais déjà parlé, mais le point le plus frappant est l'importance du reboisement à Cuba. Alors qu'avant la Révolution, la forêt était défrichée pour son bois précieux, ou pour créer de nouvelles surfaces cultivables, depuis les années 1970 un immense programme de reboisement a été entrepris à Cuba, faisant de l'île le seul pays d'Amérique Latine ayant une surface boisée plus importante de nos jours qu'en 1970. En particulier, toute la région de Pinar del Rio, qui était quasiment totalement défrichée, est désormais un immense parc naturel, reboisé, et abritant une diversité de faune et de flore immense.

Ensuite, les recherches en agriculture à Cuba se focalisent sur les techniques "douces", permettant d'améliorer la productivité tout en protégeant l'écosystème. Ainsi, ils font de très nombreuses études sur l'utilisation et l'effet des lombrics pour aérer la terre et produire des engrais naturels, ainsi que sur l'alternance des cultures. Par exemple, ils ont découvert que le maïs et le tabac sont complémentaires, chacun prenant des choses différentes à la terre, et ils recommandent donc aux agriculteurs d'alterner, une année sur l'autre, les cultures de tabac et de maïs - à l'opposé des monocultures intensives, en vigueur chez nous, qui appauvrissent les sols. Un article dans Granma "la bénédiction de la patte de boeuf" expliquait par exemple que sur certains types de sol en tout cas, labourer avec des boeufs est peut-être moins "rentable" sur le court terme qu'avec un tracteur, mais l'effet sur la terre (le tracteur la tasse tandis que la patte de boeuf aère la terre) conduit, sur le long terme, à des terres plus saines si labourées à traction animale. Toute une logique différente de la notre...

Enfin, le dernier point important de la politique cubaine en faveur de l'environnement est la lutte contre la désertification rurale. Via les politiques éducatives (des écoles partout, même s'il y a un seul élève), médicales (des dispensaires sont aussi présents un peu partout, et de nombreux médecins ou infirmiers se promènent de village en village, afin de ne jamais laisser de population sans assistance médicale), ... le gouvernement cubain maintien vivant les petits villages, acteurs au quotidien d'une vie en harmonie avec la nature.

Laissons donc la parole à WWF, organisation réputée et pas particulièrement "communiste": « Cuba is currently the only country on the globe to meet WWF's criteria for sustainable development, minimizing its ecological footprint while preserving a healthy standard of living. »[3], c'est à dire « Cuba est actuellement le seul pays du globe qui remplisse les critères du WWF pour le développement durable, minimisant son empreinte écologique tout en préservant une qualité de vie saine. »

Cuba et les États-Unis, deux visions du monde

Il y a une dernière chose qui transparaît dans la situation à Cuba: le voisin du Nord, l'"oncle caïman", est omniprésent. Les effets du blocus se font sentir au quotidien, mais au-delà, ce sont bien deux visions du monde qui s'affrontent à 100km de distance.

Cuba face à l'Empire, un acharnement unique au monde

Cuba face à l'EmpireJe ne reviendrait pas dans les détails sur ce point déjà abordé dans mon article précédant sur Cuba, mais Cuba fait l'objet, de la part des États-Unis, d'un acharnement unique au monde. Jamais un pays aussi puissant n'a fait preuve d'autant d'efforts, systématiques, pour abattre un petit pays, pendant près de 50 ans: blocus sans cesse renforcé, "loi d'ajustement", soutien aux terroristes anti-cubains, discours de haine en continu, ...

Rappelons que si les dirigeants des États-Unis parlent de "l'une des pires dictatures du monde" en parlant de Cuba, en ce moment, dans un pays "ami" des États-Unis (l'Arabie Saoudite), un homme risque 140 coups de fouet pour avoir pris un café avec une dame autre que sa femme, et ce n'est qu'un exemple.

Les conséquences du blocus

Tout d'abord une question de vocabulaire: s'agit-il d'un "blocus" ou d'un "embargo" ? La question est importante, car un "blocus" est considéré comme un acte de guerre - et un blocus sur le matériel médical ou sur les aliments comme un "crime de guerre" par les conventions de Genève. Dans mon Larousse, on a, pour embargo: « mesure administrative visant à empêcher l'exportation d'une marchandise, la libre circulation d'un objet » et pour blocus: « ensemble des mesures prises contre un pays pour le priver de toute relation commerciale ».

Le blocus vu de CubaSi les États-Unis se contentaient de dire "nous ne faisons aucun commerce avec Cuba", ce serait bien un embargo, et finalement, ça ne les regarde qu'eux. Mais ils vont beaucoup plus loin que ça. Les mesures comme l'interdiction à un navire accostant les ports cubains de pénétrer dans l'espace états-unien pendant une durée de six mois, où l'interdiction de réexportation (si la France achète un composant aux États-Unis et le met dans un produit, elle n'a pas le droit de réexporter ce produit complet vers Cuba) sont bien du domaine du blocus: essayer d'empêcher Cuba d'avoir toute relation commerciale avec l'étranger.

Par exemple, la compagnie cubaine d'aviation, Cubana de Aviacion, ne peut pas acheter de Boeing (là, c'est du domaine de l'embargo, Boeing étant une société états-unienne). Mais elle ne peut pas non plus acheter d'Airbus, puisque 10% des pièces contenues dans les Airbus sont fabriquées aux États-Unis. Là, il s'agit bel et bien d'un blocus.

Un autre exemple, fortement symbolique, mais pourtant réel, est celui de Raysel Sosa Rojas. Ce petit garçon âgé à l'époque de 12 ans, a participé à un concours international, sous l'égide de l'ONU, de dessins pour enfants en faveur de l'environnement. Il a fait partie des gagnants (un pour chaque région du monde). Le garçon étant atteint d'hémophilie, le gouvernement cubain a organisé son voyage à Alger pour récupérer son prix, en prenant toutes les précautions médicales nécessaires, pour un coût de 4500 dollars. Le 5 juin 2006, à Alger, la cérémonie a lieu, en présence de nombreux dignitaires, dont les ambassadeurs de Cuba et des États-Unis en Algérie. Tous les gagnants se voient remettre en prix un appareil photo Nikkon haut de gamme. Tous sauf un. Raysel Sosa Rojas. Le représentant de Nikkon expliquera qu'en raison du blocus, il ne peut pas remettre l'appareil à un cubain. L'ambassadeur des États-Unis n'interviendra pas, malgré les demandes du petit états-unien, gagnant pour sa région et ne comprenant pas l'injustice. Raysel Sosa Rojas rentrera à Cuba, en larmes, sans son appareil. À l'arrivée, Fidel Castro lui remettra en mains propres un modèle qu'il s'est procuré en contournant le blocus. Les voisins du petit Raysel, scandalisés, avaient eux aussi réuni leurs économies pour offrir un appareil à l'enfant. Celui refusa, aimablement le deuxième cadeau, affirmant "je ne peux pas l'accepter, j'en ai déjà un, donnez le à un autre enfant qui en a plus besoin que moi". Bien qu'anecdotique, toute l'opposition entre l'empire des États-Unis et la petite île de Cuba est résumée dans cette histoire.

Le blocus, au-delà des drames humains comme celui précité, génère de fortes pénuries dans l'île, de tout ce qui ne peut pas être produit sur place (soit en raison du climat, soit de l'absence de matières premières, soit d'effets de volume, il est peu réaliste par exemple de créer une fonderie de microprocesseur pour 12 millions d'habitants, le coût serait exorbitant). Certains produits, comme le lait ou tout ce qui concerne la santé, sont subventionnés par le gouvernement, afin d'être disponibles pour tous - mais ceci se fait au détriment de l'importation de produits moins indispensables, comme le "hi-tech" ou les cosmétiques.

Cette situation a amené les autorités cubaines à devoir créer des monnaies: les pesos convertibles (nommés CUC) et les pesos non convertibles (nommés pesos). Les salaires sont payés en pesos non convertibles, qui permettent d'acheter ce qui est produit sur l'île, ou les produits subventionnés. Pour le reste, il faut les payer en CUC, pesos convertibles, assurés par le stock de devises du gouvernement cubain. Pour un cubain, il y a deux façons d'obtenir des CUC: soit via les touristes, soit en changeant des pesos en CUC, mais le taux de change est de 1 pour 25. Ce qui explique les salaires ridiculement faibles que l'on trouve dans la presse occidentale: un salaire de 500 pesos sera converti en 20 CUC, donc en 15 euros/mois. Ce qui est ridicule vu que la plupart des dépenses sont soit gratuites (santé, éducation), soit en pesos non convertibles (nourriture, loyer (limité à 10% du salaire), vêtements). Par contre, il y a bien un problème pour acheter des produits industriels, télévisions, voitures, ou des cosmétiques. Et une conséquence secondaire qui est l'existence à Cuba de deux "classes" sociales: ceux qui fréquentent les touristes et possèdent des CUC et les autres.

Cette situation est la source d'un fort mécontentement de la part des cubains, qui ne se gênent pas pour le dire, et le gouvernement fait son possible pour revenir à une seule monnaie - mais ce n'est pas simple, en raison justement du blocus, qui rend l'approvisionnement difficile et onéreux (car les transporteurs font payer à Cuba le fait d'être interdit de territoire états-unien pendant 6 mois, par exemple).

Cuba sème la vie, les États-Unis la mort

Statue de José Marti tenant ElianDonnons pour un temps la parole à Fidel Castro Ruz[4], s'adressant à George W. Bush devant un million de Cubains réunis en face de la "section des intérêts nord-américains" à La Havane, pour protester contre la loi Torricelli (qui, entre autres, interdit aux cubains vivant aux États-Unis de rendre visite à leur famille restée sur place plus d'une fois tous les trois ans): « Cuba se bat pour semer la vie dans le monde ; vous, vous vous battez pour y semer la mort. Tandis que vous tuez on ne sait combien de personnes par vos attaques-surprise et préventives tous azimuts, Cuba sauve la vie de centaines de milliers d'enfants, de mères, de malades et de personnes âgées dans le monde. »

Que veut dire cette citation ? Elle parle des guerres déclenchées de par la monde par les États-Unis, en comparaison avec l'action de Cuba, qui envoie médecins et professeurs aider partout où nécessaire. Mais bien au-delà, cette citation parle de deux attitudes opposées, que l'on va voir s'affronter sur un certain nombre de sujets.

Commençons tout d'abord par l'agriculture. Comme nous l'avons vu, Cuba pratique une agriculture soutenable, respectueuse de la nature, et effectue des recherches dans ce sens. Aux États-Unis, royaume des firmes de l'agroalimentaires, des OGMs, de l'épandage massif de pesticides, des hormones de croissance qui rendent les vaches malades à tel point que du pus se retrouve dans le lait (et, bien sûr, les journalistes qui tentent de le dénoncer sont licenciés, dans ce pays de la "liberté d'expression"), la logique choisie est l'opposé: ce qui compte, ce sont les profits, sur le court terme. Et tant pis pour le futur, la santé ou l'environnement. L'accélération du développement des biocarburants, alors que les ravages de la famine se multiplient, est aussi révélatrice d'une attitude vis à vis de la vie humaine.

Mais regardons un autre domaine: la réaction face aux ouragans. Cuba est fréquemment la cible de tels phénomènes naturels (et de plus en plus souvent, en raison des dérèglements climatiques provoqués par les pays riches). Mais aucun désastre comme celui de la Nouvelle Orléans ne survient. Pourquoi ? Parce que les précautions sont prises pour sauver les vies humaines. Les zones menacées sont évacuées si nécessaires avec des hélicoptères. Même le bétail est sauvé, lorsque c'est possible. Lors d'une catastrophe à Cuba, l'armée est envoyée pour secourir les victimes, avec des médecins. À la Nouvelle Orléans, l'armée a été envoyée pour... protéger les supermarchés (désertés par leurs propriétaires) contre les "pillards", c'est à dire les victimes qui, démunies, cherchaient à manger. Cuba proposa d'envoyer 300 médecins pour aider à la Nouvelle Orléans. G.W. Bush refusa. D'ailleurs, Cuba honore les pompiers morts le 11 septembre 2001. Voir les États-Unis honorer les victimes du terrorisme contre Cuba me surprendrait...

Un autre exemple est bien sûr celui de la couverture médicale. Dans le pays le plus riche du monde, 1/4 de la population n'a pas de couverture médicale. Et même pour ceux qui y ont accès, s'ils n'ont pas la bonne assurance, on les laissera mourir faute de soins. Le respect de la vie, valeur fondamentale à Cuba, rend une telle situation simplement impensable.

Bush et Cariles: assassinsRevenons maintenant au coeur de la citation de Fidel: alors que les États-Unis ont dépensé 3 000 000 000 000 de dollars pour semer la mort et le chaos en Irak (oui, 3000 milliards, ou 3 x 10^12), c'est à dire ce qu'il faudrait (d'après le PNUD) pour fournir à tous ceux qui en ont besoin de la nourriture, de l'eau potable, un toit et l'accès aux soins pendant 75 ans, et que pendant ce temps là, ils sont le pays riche qui donne le moins en aide au développement, Cuba a continué sa politique d'aide humanitaire massive, malgré le blocus. Vous vous souvenez du tremblement de terre au Pakistan ? Un tiers de la totalité des médecins venus de pays étrangers, que ce soit envoyés par l'OMS, par les gouvernements des pays, ou par les ONGs, ont été envoyés par le gouvernement cubain. Une île de 12 millions d'habitants a fourni un tiers de la totalité du monde. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

La Mission Miracle (Mision Milagro), opération conjointe entre le Vénézuela et Cuba pour soigner, dans toute l'Amérique Latine, les problèmes de vue qui peuvent être soignés (en particulier les cataractes), a déjà soigné... 500 000 personnes ! En si vous lisez les témoignages, émouvant, des personnes qui ont bénéficié de cette mission, qui ont retrouvés la vue après 10 ans de nuit, ou qui ont découvert à l'âge de 12 ans ce que signifient les mots "rouges" et "verts", il s'agit bien d'un "miracle". Un miracle de la science et de la politique, combinée pour améliorer la vie, et non pour semer la mort.

L'ELAMUn autre parallèle pour continuer d'illustrer cette situation. Il y a dans les Amériques deux universités, célèbres, qui reçoivent des étudiants de nombreux pays, toutes deux parfois nommées "École des Amériques". Une se situe aux États-Unis, et est une école militaire. C'est cette école qui a formé, pendant des décennies, les officiers des dictatures d'Amérique Latine, en particulier pendant le Plan Condor. L'autre se nomme l'ELAM, et se situe à Cuba, et forme, gratuitement, des milliers de médecins, venant de toute l'Amérique et d'une partie de l'Afrique, dans un gi gan tes que complexe. Ces étudiants sont logés, et reçoivent même de l'argent pour étudier, puis rentrent dans leurs pays d'origine, afin de soulager les populations locales.

Une dernière petite anecdote. Un citoyen bolivien a eu affaire à ces deux conceptions dans sa vie. La première fois en 1967, lorsque, soldat de l'armée bolivienne, sur les ordres de la CIA, il exécuta Ernesto Guevara. La deuxième en 2007, lorsqu'au cours de la Mision Milagro, il fut gratuitement soigné de la cataracte à La Havane. Aleida Guevara, fille du Che, apprenant que la Mision Milagro avait bénéficié à l'assassin de son père déclarera: "c'est la preuve, qu'au final, c'est mon père qui a gagné".

Conclusion

En conclusion je pense ne pouvoir dire qu'une seule chose: en ce qui concerne Cuba en tout cas, la réalité n'a rien à voir avec ce que nos chers médias nous dépeignent. S'il est possible de démêler, en parie, vérités et mensonges en lisant attentivement des sources différentes et en cherchant toujours à voir qui tient la plume (et qui paye celui qui la tient), la meilleur solution est encore d'aller sur place, au contact des cubains, et de constater qu'on a à faire à un peuple éduqué, aimable, heureux, et fier de tenir son destin entre ses propres mains, hors de l'ingérence du Premier Monde qui depuis 500 ans tente de s'accaparer les richesses du globe, semant famine et misère dans leur chemin, et ce malgré les problèmes qui existent.

Notes

[1] pointe ouest du pays

[2] pointe est du pays

[3] http://www.wwf.ca/AboutWWF/WhatWeDo/ConservationPrograms/Cuba.asp

[4] le discours complet est disponible sur http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/2004/fra/f140504f.html