Rappels du contexte

Rappels de l'histoire de la Colombie

La genèse des guérillas

L'histoire moderne de la Colombie commence le 9 avril 1948, lorsque Jorge Eliécer Gaitán, candidat à l'élection présidentielle détesté par l'oligarchie (en particulier en raison de sa proposition de réforme agraire) est assassiné dans les rues de Bogota.

Suite à cet assassinat, la violence se déchaîne en Colombie, faisant plusieurs centaines de milliers de morts. Un coup d'État en 1953 permet de réduire la violence, mais conduit à la création de groupes de résistance, les prédécesseurs des actuels ELN et FARC-EP.

En 1957, un nouveau coup d'État remplace le gouvernement militaire par une alliance entre les deux principaux partis: le parti libéral et le parti conservateur. Ces deux partis se partagent le pouvoir, assumant la présidence à tour de rôle sur des périodes de 4 ans. Révoltés par ce système totalement verrouillé, des militants colombiens fondent en 1966 les FARC-EP et l'ELN. La fraude électorale de 1970 ajoute à la tension et embrase le pays, créant un troisième mouvement révolutionnaire, le M-19.

La montée du trafic de drogue et des paramilitaires

Dans une Colombie instable, et dont le climat est propice à la culture de la feuille de coca, le trafic de drogue se développe fortement dans les années 1980. La guérilla, à cette époque, lutte contre les trafiquant de drogue.

Parallèlement, des groupes d'"autodéfense" face aux guérillas (en réalité des milices d'extrême droite) sont créés avec le soutien de l'armée colombienne. Ces groupes se rendront coupables d'assassinats, de tortures, de massacre, bien souvent avec le soutien de l'armée colombienne. Des villages entiers sont massacrés sur une simple suspicion. Ces groupes paramilitaires servent aussi de mercenaires pour les multinationales (en particulier Coca-Cola Company) afin d'organiser la chasse aux syndicalistes (assassinats, prise d'otage de membres de leur famille, ...).

Dans les années 1990, ces groupes, soutenus plus ou moins ouvertement par le gouvernement, se fédèrent et s'organisent, en particulier dans l'AUC.

La tentative de paix

En 1984, le président Belisario Betancur tente de conclure un accord de paix avec les guérillas, en particulier avec les FARC. Cet accord se traduit par la création d'un parti politique légal de gauche, l'Union patriotique. L'accord prévoyait la reconversion des insurgés dans la vie politique démocratique.

Cependant, les membres de l'Union patriotique sont assassinés massivement par les paramilitaires. Plus de 3 000 d'entre eux, dont de nombreux candidats (dont leurs deux candidats aux élections présidentielles), et la plupart de leurs élus, sont exterminés en quelques années. Les FARC rompent alors les accords de paix, et cessent leur conversion à la vie civile.

Le contexte actuel en Colombie

Paramilitaires, guérillas et trafiquants de drogue

La guerre civile colombienne est donc une guerre complexe, avec de nombreux acteurs: plusieurs organisations de guérillas, des cartels de drogue (dont le plus connu, le cartel de Medelin dirigé par Pablo Escobar, contrôlait militairement la ville de Medelin pendant des années), des paramilitaires, et les forces du gouvernement officiel, souvent alliées aux paramilitaires.

Dans ce contexte, aucun des acteurs n'a les "mains propres". Les associations de défense des droits de l'homme estiment qu'environ 70% des assassinats ont été commis par les paramilitaires. Des jounralistes, syndicalistes, sont régulièrement assassiné, dans l'indifférence générale.

La couverture médiatique des événements, donnant l'impression que seule la guérilla est responsable d'exactions, est bien loin de la réalité.

Qui est donc Uribe ?

C'est dans ce contexte qu'est arrivé au pouvoir Alvaro Uribe. Qui est donc Alvaro Uribe ? Fils d'un grand propriétaire terrien de Medelin, il a fait des études de droit.

De 1980 à 1982, Alvaro Uribe est nommé directeur de l'aviation civile. Alors qu'avant lui, l'État avait accordé 2 339 licences en 35 ans, Uribe en accorde 2 242 en deux ans, dont environ 200 aux membres du cartel de Medelin, leur permettant ainsi d'écouler leur drogue depuis des aéroports privés.

Maire de Medelin en 1982, à l'époque où le cartel de Pablo Escobar contrôlait la ville, il a participé activement à des "programmes sociaux", financés par le baron de la drogue cherchant à redorer son blason.

En 1983, le père d'Alvaro Uribe, proche collaborateur de Pablo Escobar, est assassiné par les FARC dans le cadre de leur guerre contre le cartel d'Escobar. Alvaro Uribe voue depuis cette date une haine farouche aux FARC, haine qui est le fondement de son action politique. S'il se plaît à se présenter comme une victime des FARC, il "oublie" en général de rappeler les raisons qui ont poussés les FARC à s'en prendre à son père...

Ces faits, ainsi que de nombre autres (comme la découverte d'un hélicoptère appartenant à Uribe et à son frère dans une usine de transformation de coca en cocaïne d'Escobar), ont conduit les services de renseignement des États-Unis à qualifier Uribe, en 1991, de "politicien et sénateur spécialisé dans la collaboration avec le Cartel de Medelin dans les plus hauts niveaux gouvernementaux".

Uribe est alors élu gouverneur de la région d'Antioquia. C'est lui qui, dans cette région, entreprend de développer les groupes d'autodéfense "Convivir", qui serviront de couverture légale et de point d'appui aux AUC pour semer la terreur dans la région. Toujours en sa qualité de gouverneur, il remet au général Rito Alejo del Rio, responsable de massacres de population indigène réalisés conjointement par l'armée colombienne et par les paramilitaires, le titre de « Pacificateur de l'Urabá ».

Uribe se présente alors à la présidence de la République en 2002. Ses soutiens paramilitaires terrorisent les populations pour permettre son élection. Cinq journalistes sont assassinés cette année, et selon Rafael Garcia, ancien cadre des services secrets colombien, les paramilitaires auraient détourné plus de 300 000 voix au profit d'Alvaro Uribe.

Il s'empresse d'accorder l'amnistie aux membres des paramilitaires, en échange d'une prétendue "démobilisation". En réalité, la démobilisation n'a pas empêché les massacres de continuer, 600 personnes étant assassinés chaque année par les paramilitaires, un syndicaliste tué tous les deux jours.

Après avoir fait modifier la Constitution par le Congrès pour permettre sa réélection, Uribe sera réélu largement en 2006 avec 62% des voix, mais avec un taux d'abstention très élevé de 56%. Cette année 2006 sera une année noire, avec 7 journalistes et de nombreux candidats de gauche assassinés.

En début 2007 éclate l'affaire de la "parapolitique", lorsque les liens de nombreux députés et sénateurs soutenant Uribe avec les paramilitaires sont rendus publiques. La ministre des Affaires Étrangères, Maria Araújo a du démissionner. De même, le directeur du Département Administratif de Sécurité, Jorge Noguera, allié proche d'Alvaro Uribe, a été arrêté pour ses liens avec les paramilitaires.

La guerre contre la drogue

Le dernier point à aborder pour bien comprendre la situation actuelle de la Colombie est le "Plan Colombie", nom de la "guerre contre la drogue" menée de manière combinée par la Colombie et les États-Unis.

La coca n'est pas une drogue

Tout d'abord, il faut savoir que la feuille de coca (qui est certes la matière première dont on produit la cocaïne) est une plante traditionnelle des populations indigènes de la région. C'est une plante riche en protéines et en vitamines, qui a de nombreuses qualités, aussi bien médicinales (remède très efficace contre le mal de l'altitude), nutritionnelles et économiques (puisque que c'est une plante qui permet plusieurs récoltes par an). La feuille de coca a de plus un rôle culturel important, comparable au vin en France.

Consommée sous forme de maté (infusion), mastiquée, ou réduite en farine, elle ne contient que des traces de cocaïne, ayant un effet tout au plus comparable à un café corsé. Elle sert d'ailleurs aussi d'ingrédient à une boisson bien connue, et étrangement autorisée par les États-Unis: le Coca-Cola !

La volonté de part l'ONU et les autorités occidentales d'éliminer la culture de la feuille de coca est vécue par les populations indigènes comme une agression contre leur culture et leur mode de vie, tout comme la population française vivrait très mal une volonté d'éradiquer la production de vin.

Cette criminalisation de la feuille de coca conduit les producteurs de coca à se tourner vers les trafiquants de drogue, au lieu de se tourner vers des marchés conventionnels qui pourraient être créés autour de la feuille de coca.

Les fumigations

L'outil principal de l'armée colombienne, en coopération étroite avec les États-Unis, dans cette lutte contre les drogues, est la fumigation, c'est à dire l'épandage de quantités importantes d'un désherbant (fabriqué par le célèbre Monsanto), le glyphosate, depuis des avions volant à moyenne ou haute altitude.

Ces fumigations détruisant de manière indifférente les cultures de coca et les autres plantes cultivées dans la zone d'épandage, et en contaminant les eaux, entraînent la destruction de cultures légales hors de la zone, et des conséquences graves sur la santé des habitants. Elles provoquent aussi des désastres écologiques, détruisant des centaines d'hectares de forêt amazonienne, y compris dans des réserves naturelles comme dans le Putumayo.

Ces fumigations sont aussi réalisées à proximité de la frontière avec les pays voisins, en particulier l'Équateur, et contaminent les cultures et les eaux des habitants de ces régions. Le gouvernement équatorien d'avant Rafael Correa avait déjà émis des protestations, certes timides. Rafael Correa, en défenseur des populations indigènes de ces régions, a émis des protestions beaucoup plus virulentes, allant jusqu'à entamer une procédure contre la Colombie devant la Cour Internationale de Justice de La Haye.

Ces éléments permettent de comprendre le climat de tension entre les deux pays dans lequel se sont déroulés les événements.

Les conséquences économiques

La guerre contre les drogues a d'autre part un coût économique énorme, le budget direct de l'armée colombienne est de 4.5% du PIB, contre 4% aux États-Unis, 2.5% en France, et moins de 2% pour les autres pays andins: Équateur, Vénézuela, Bolivie, Pérou (données de 2004 provenant du rapport de la Banque Mondiale de 2006).

Les conséquences économiques indirectes, en terme de populations déplacées, de destruction de cultures ou d'infrastructures sont énormes. Ces conséquences conduisent une grande partie des colombiens à vivre dans la pauvreté et donc à se tourner vers la seule source de revenus facile: la vente de coca aux trafiquants de drogue.

L'échec est là: malgré les milliards investis dans le "Plan Colombie", la surface cultivée pour le trafic de drogue a augmenté, et le prix de la cocaïne n'a jamais été aussi bas.

L'attaque du camp des FARC en Équateur

Les faits

Venons-en maintenant à l'évènement déclencheur de l'écriture de cet article. Le 1er mars dans la nuit, l'armée colombienne a bombardé un camp des FARC se trouant en Équateur, tuant le numéro deux des FARC Raul Reyes, une vingtaine de guérilleros et quatre étudiants mexicains.

Ce bombardement a donné lieu à une levée de boucliers de la part des autres pays de la région, l'Équateur, le Vénézuela et le Nicaragua allant jusqu'à rompre leurs relations diplomatiques avec la Colombie. Une condamnation ferme de la part de l'Organisation des États Américains a permis de diminuer le niveau de tensions, mais la situation n'est pas encore totalement apaisée.

La signification de l'acte

Violation de la souveraineté

Le premier aspect de cet acte est la violation de la souveraineté de l'Équateur. L'armée colombienne a bombardé une cible sur le sol équatorien, puis a franchi la frontière afin de récupérer des corps (et du matériel).

En terme de droit international, il s'agit d'un acte de guerre. Le gouvernement colombien défend son action en disant qu'il est légitime de frapper des terroristes où que ce soit dans le monde.

Cuba aurait donc le droit de bombarder Miami pour éliminer Luis Posadas Carriles ou Orlando Bosch ? La France pourrait bombarder un pays européen parce que des membres du FLNC y auraient pénétrés ? L'Espagne pourrait faire de même avec l'ETA ? Le Vénézuela aurait donc le droit de frapper des paramilitaires colombiens (puisque ceux-ci ont commis des assassinats et des enlèvements sur le sol vénézuelien, y compris une tentative d'assassinat du Président) ?

On voit bien que cette logique, si on l'appliquait globalement, aurait vite fait de multiplier les actes de violence d'un pays sur le sol d'un voisin, avec tous les risques d'escalade qui les accompagnent. N'oublions pas que c'est une action de ce type (le bombardement par l'armée états-unienne de campements vietnamiens au Combodge) qui, en déstabilisant le Combodge, a permis aux Khmers Rouges de prendre le pouvoir et de massacrer des millions des personnes...

D'autant plus que le terme "terroriste" est un terme des plus ambigu, souvent utilisé pour désigner ses ennemis. En particulier dans le cas des FARC, l'appellation est loin d'être incontestable. Les FARC utilisent des méthodes inacceptables (prise d'otage, extorsion de fonds, trafic de drogue), mais n'ont jamais ciblé directement les populations civiles dans le but de créer un climat de terreur.

L'analyse du président Hugo Chávez, lorsqu'il a comparé la situation à celle du Moyen-Orient me semble très pertinente: dés que l'on permet à un État d'effectuer des frappes hors de ses frontières, c'est la porte ouverte à une spirale de violence qui ne peut que s'étendre et s'amplifier.

Qualification juridique

Oublions maintenant la position du campement des FARC, et considérons uniquement l'acte lui-même, d'un point de vue juridique.

Il y a deux possibilités: soit les FARC sont des belligérants, soit ils sont une organisation criminelle.

Si les FARC sont des belligérants et que la situation en Colombie est une guerre, alors en effet, un camp des FARC est une cible militaire légitime. Mais le gouvernement colombien refuse de reconnaître le statut de belligérants, et tout ce qui s'y trouve associé (comme le statut de prisonniers de guerre aux FARC arrêtés, et l'application totale des conventions de Genève). C'est la solution que propose Hugo Chávez, car elle met les FARC devant le mur (eux aussi, s'ils sont considérés comme des belligérants, doivent respecter les conventions de Genève), et parce qu'elle ouvre la porte au dialogue.

Soit les FARC ne sont pas des belligérants, et la situation en Colombie n'est pas une guerre. Dans ce cas, les FARC sont des criminels, une mafia. C'est la position défendue par Uribe pour refuser de négocier avec eux, et d'accorder le statut de prisonnier de guerre aux FARC capturés. Mais dans ce cas, une attaque militaire contre des criminels présumés pendant leur sommeil est une violation grave de l'État de droit: il s'agit d'une exécution extrajudiciaire. Si les FARC sont des criminels, alors comme tout criminels, ils doivent être arrêtés, traduits en justice, et condamnés dans un procès équitable.

Procéder à une exécution, sans procès, de personnes soupçonnées d'un crime, et a fortiori dans un État qui a aboli la peine de mort, est une violation grave de l'État de droit. C'est d'ailleurs la position de José Hernández Galindo, ancien président de la Cour Suprême de Colombie, qui considère qu'en exécutant Raul Reyes et ses compagnons, le gouvernement a de facto rétabli, illégalement, la peine de mort.

Assassinat du négociateur

Un autre point très choquant de cet événement est la personnalité qui a été ciblée. Raul Reyes était numéro des FARC, mais il était aussi, et surtout, le négociateur des échanges humanitaires. C'est avec lui qu'Hugo Chávez a négocié la libération récente de six otages, et c'est avec lui qu'Hugo Chávez, Rafael Correa et Nicolas Sarkozy négociaient la libération d'Ingrid Bétancourt.

C'est d'ailleurs en raison de communications qu'il a passées en sa qualité de négociateur que les services de renseignement étasuniens ont fourni à l'armée colombienne les informations nécessaires pour le localiser.

Quelque soit le conflit et la nature de l'organisation en face, assassiner le négociateur n'est jamais un acte acceptable, et ne peut que conduire à rendre beaucoup plus difficile toute négociation ultérieure.

Mais si c'était le véritable but ? Rappelons-nous de ce qui a été dit avant: Uribe voue une haine farouche aux FARC en raison de la mort de son père, et a basé toute son action politique sur l'éradication, par la force, des FARC. Uribe a tout intérêt à ce qu'Ingrid Bétancourt et les autres otages ne soient pas libérés, afin de diaboliser encore plus les FARC.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il torpille au dernier moment les efforts de négociation, comme lorsqu'en décembre dernier il a subitement mis fin à la médiation d'Hugo Chávez, alors que celle-ci était sur le point d'aboutir. On peut aussi se souvenir qu'il avait mené une opération militaire juste au moment où la libération de deux otages était prévue, forçant les FARC à délayer cette opération (qui a heureusement finalement pu avoir lieu). Enfin, souvenons-nous qu'il n'a rien trouver de mieux que d'arrêter le messager des FARC qui s'apprêtait à fournir à Hugo Chávez des preuves de vie des otages, rendant plus complexe toute nouvelle fourniture de preuves de vie.

Tout, dans l'action d'Uribe, laisse à croire qu'il ne souhaite à aucun prix que des otages soient libérés, ou que des négociations avec les FARC puissent aboutir. Ce qui explique donc l'assassinat du négociateur, alors que, d'après le gouvernement équatorien, un accord sur Ingrid Bétancourt se profilait à l'horizon.

Des étudiants mexicains...

Enfin, le dernier élément qui aggrave encore l'acte de l'armée colombienne est la présence, dans le camp des FARC, d'étudiants mexicains.

Ces étudiants, venus légalement à Quito pour réaliser une étude sur la situation dans la région, se sont vus offrir une opportunité de rencontre Raul Reyes, le négociateur des FARC. Malgré les risques, ils n'ont pas pu refuser cette offre leur permettant d'enrichir fortement leur travail académique.

Le camp des FARC se trouvant en Équateur, les risques étaient faibles... ou en tout cas, ils le croyaient. Car si l'armée équatorienne a déjà procédé à des arrestations de membres des FARC, ils n'ont jamais bombardé les campements.

Ces étudiants ont été assassinés par l'armée colombienne, pour avoir commis le seul crime d'effectuer le plus sérieusement possible leur étude sur la situation dans la région.

Et, comble de l'inhumanité, lorsque cette même armée colombienne a récupéré les corps des victimes, elle a achevé des blessés, et laissé agoniser Lucia Morett (étudiante qui n'avait été blessée lors du bombardement). Heureusement pour elle, l'armée équatorienne est arrivée peu après et l'a transporté à l'hôpital militaire de Quito où elle est soignée.

Les mensonges de la Colombie

Dans le feu de l'action ?

Sur toute cette affaire, la Colombie a multiplié les mensonges. Dés le matin de l'attaque, la version officielle était que l'armée colombienne était tombée sur des guérilleros des FARC du côté colombien de la frontière, et qu'au cours de l'affrontement, la frontière avait été franchie, de 2 km.

En réalité, le camp des FARC se trouvait à 10 km de la frontière, et a été bombardé pendant que les guérilleros étaient endormis, sans le moindre échange de coups de feu.

Nous n'avons tués que des terroristes...

La Colombie a alors prétendue n'avoir tué que des terroristes. Comme nous l'avons vu plus haut, c'est un mensonge de plus, quatre étudiants mexicains ont été assassinés, et une étudiante blessée.

Il n'y avait pas d'équatoriens...

Autre mensonge de la Colombie: aussi longtemps que possible, ils ont prétendus, afin de diminuer la colère de Quito, qu'il n'y avait pas d'équatorien parmi les victimes. Jusqu'à ce qu'un citoyen équatorien, Guillermo Aisalia, reconnaisse son fils, Franklin, dans le cadavre exhibé par les autorités colombiennes comme étant celui de Julián Conrado, un idéologue des FARC.

Les autorités colombiennes ont fini par admettre leur "erreur" et rendre le corps de la victime à son père.

Un ministre équatorien avec les FARC ?

Afin de faire diversion, suite aux critiques de la part de la totalité des pays de la région, le gouvernement colombien a lancé des attaques contre l'Équateur et le Vénézuela les accusant de liens avec les FARC.

En particulier, ils ont présenté une photo en affirmant qu'il s'agissait du Ministre de la Sécurité Intérieur et Extérieur équatorien, Gustavo Larrea, en compagnie de Raul Reyes.

Il s'agissait en réalité d'une photo prise trois ans plus tôt, et la personne en compagnie de Raul Reyes n'était pas Gustavo Larrea ni aucun autre équatorien, mais Patricio Echegaray, le secrétaire général du Parti Communiste argentin.

L'ordinateur magique

Le reste des informations compromettantes proviennent, d'après les colombiens, de l'ordinateur portable de Raul Reyes.

Tout d'abord, un ordinateur portable qui résiste sans dommage à un bombardement capable de tuer une vingtaine de personnes, c'est assez rare. Ensuite, il serait des plus surprenant que le numéro deux des FARC (une guérilla possédant beaucoup d'argent via le trafic de drogue) et étant particulièrement exposé en raison de son statut de négociateur, possède des documents compromettant de cette nature sans la moindre sécurité (la plupart des logiciels de bureautiques, comme la plupart des systèmes d'exploitation peuvent chiffrer les informations, et il existe aussi pour des prix modestes du matériel qui peut le faire).

Surtout qu'il n'y a rien de plus facile à falsifier que des documents sur un ordinateur. N'importe quel informaticien, même débutant, peut créer des documents antidatés, ou altérer le contenu de n'importe quel document. A fortiori quand l'ordinateur a été directement remis aux mains des autorités colombiennes, et non d'une partie tierce (comme l'OEA ou une autre instance internationale).

Enfin, n'oublions pas que les services secrets colombiens travaillent main dans la main avec ceux qui avaient les "preuves" de la présence d'armes de destruction massive en Irak, et de liens entre Saddam Hussein et Al-Qaeda.

Conclusion

En conclusion, et au-delà de la simple condamnation de l'attitude du gouvernement colombien, aussi bien dans cette histoire que pour leur comportement vis à vis des paramilitaires, je pense que c'est l'ensemble du Plan Colombie et de ses conséquences, en terme de déstabilisation de la région, ainsi que d'influence donnée aux États-Unis qu'il faut condamner fermement.