Explosion de violences: le résultat prévisible du néolibéralisme
Par kilobug, samedi 5 novembre 2005 à 14:44 :: Politique :: #18 :: rss
Une explosion de violences déchire les quartiers populaires de France. Rien ne peut justifier de tels actes, qui frappent une fois de plus les populations les plus meurtries par le désastre économique. Mais si on ne peut que condamner ces actes, ils sont pourtant révélateur d'une situation rendue explosive par 20 ans de social-libéralisme suivis de 3 ans de néolibéralisme, ainsi que de l'échec total de la politique ultra-répressive de Sarkozy, qui, ayant mis de l'huile sur le feu en continu, porte une lourde responsabilité dans l'embrasement actuel.
La situation des "banlieues"
Les problèmes chroniques
La situation désastreuse des "banlieues", des "quartiers populaires", ne date pas d'hier. Venus à notre demande pour reconstruire la France après la Seconde Guerre Mondiale il y a 40 ans, les populations d'"origine maghrébine" ont été parquées dans des cités ghettos, dans des barres HLM.
Premières victimes de la crise économique, beaucoup ont même vu leur situation s'aggraver. Quarante ans plus tard, ils sont toujours dans des cités insalubres, condamnés à la misère, alternant entre des SMICs et des RMIs. Leurs descendants à la première, et maintenant à la deuxième génération, sont dans une situation similaire.
L'égalité des chances, dont on nous parle souvent à la télé, n'est qu'une chimère de plus. Parmi les 20% de familles les plus pauvres, 2/3 sont en retards en 3ème, parmi les 20% de familles les plus riches, 1/5 sont en retards en 3ème.
Les inégalités de traitement
En plus de toutes les difficultés économiques et sociales, les populations des "banlieues" sont victimes de nombreuses inégalités de traitement:
- Alors qu'une personne venant d'un pays européen peut voter aux élections locales, les populations vivant depuis 40 ans en France à notre demande n'en ont toujours pas le droit.
- Les écoles, collèges et lycées de banlieue sont privés de moyens, surpeuplés (800 élèves dans le collège prévu pour 600 à côté de chez moi). La plupart des professeurs qui y exercent sont des débutants, sortant tout juste des concours. Les principaux ne restent que quelques années, se servant de la banlieue comme d'un trampoline pour atteindre un lycée parisien.
- Lorsqu'une synagogue est incendiée ou un cimetière juif profané, les ministres se déplacent, l'ensemble de la classe politique déclare son indignation, et l'évènement fait la une du JT pendant 3 jours. Une telle protestation est parfaitement justifiée; attaquer des juifs parce qu'ils sont juifs est un acte ignoble, inacceptable, indigne de notre République. Mais pourquoi un tel silence lorsque c'est une mosquée qui est incendiée, ou un cimetière musulman qui est profané ? Pourquoi une telle inégalité de traitement ?
- La discrimination à l'embauche ou au logement, réalité vécue quotidiennement par les habitants de ces quartiers, vient aggraver d'autant plus les effets de la crise économique, ainsi que la souffrance et le sentiment de rejet de ces populations.
- Les contrôles d'identité au faciès, l'attitude de suspicion permanente envers tous ceux qui sont un peu trop bronzés, surtout depuis le 11 septembre 2001, sont une atteinte de plus à l'égalité de traitement à laquelle tout citoyen peut prétendre.
La réalité de la situation, souvent ignorée
Pour ceux qui ignorent la gravité de la situation économique et sociale des "banlieues", voici quelques faits se déroulant tous près de chez moi, à Epinay/Seine, en Seine-Saint-Denis: faute de pouvoir payer la cantine, de nombreux enfants se contentent de manger du pain sec à midi; des familles font la poubelle de la cantine pour manger le soir; des familles sont forcées de se mettre en collocation (vivant donc à 6 ou 8 dans un deux pièces) car ils sont incapables de faire face à la flambée des prix du logement; le personnel absent n'est pas remplacé dans les collèges (l'an passé, le ménage n'a pas été fait pendant plusieurs mois dans le collège de mon quartier suite au départ du personnel d'entretien, l'une en congé maternité, l'autre en congé maladie de longue durée); des gamins de 12 ans déclarent à leur professeur: "pourquoi je travaillerai, de toute façon, je n'ai pas d'avenir." Je pourrais continuer comme ça longtemps.
La situation est catastrophique, la misère une réalité, les souffrances quotidiennes, le désespoir immense.
La responsabilité du gouvernement
Le désastre néolibéral de Raffarin-Villepin
La première des responsabilités du gouvernement est sa politique économique néolibérale. En trois ans, ils ont tout attaqué, tout saccagé: retraites; santé; indemnisation chômage; code du travail; éducation nationale; ...
Le nombre de chômeurs a explosé. Et la récente embellie est purement due aux radiations, en juin et en juillet 2005, si le nombre de chômeurs officiel a diminué de 60 000, c'est parce qu'il y a 77 000 radiations des listes.
Le nombre de RMIste a explosé, dépassant la barre du million.
La pauvreté a explosé. Toutes les associations caritatives (Secours Populaire, Restaurant du Coeur, ...) font état d'une augmentation importante (de l'ordre de +20% à +30% par an) de leur sollicitation depuis 2002. Un enfant sur 10 vit sous le seuil de pauvreté. 4 millions de personnes, dont plus d'un million ont un emploi, vivent sous le seuil de pauvreté.
Les prix des logements flambent, et les logements sociaux sont détruits plus vite qu'ils ne sont construits. La privatisation totale du logement est en marche. La spéculation immobilière, encouragée par les baisses d'impôts pour les plus riches et la libéralisation des capitaux, conduit à une flambée des prix, dont une fois de plus, les plus pauvres sont victimes.
EDF, qui avait l'habitude de ne pas couper totalement le courant aux plus démunis, de tolérer des retards de paiement, ... se comporte désormais de plus en plus comme une entreprise privée, condition nécessaire à sa privatisation.
Les dépenses de santé sont de moins en moins remboursées, continuant à plomber de plus en plus un budget déjà impossible à respecter pour un RMIste ou même un SMICard ayant une famille à charge. Les déremboursement de la Sécurité Sociale provoquent de plus une hausse des prix des mutuelles, contraignant de plus en plus en personnes à se passer de mutuelle.
La diminution des indemnités chômages, la radiation systématique des listes, et le démentellement du code du travail (contrat "nouvelle embauche", ...) conduisent à une aggravation gravissime de la précarité et de la misère.
Les baisses de l'impôt sur le revenu et sur les grandes fortunes, ne bénéficiant qu'à une petite minorité (70% de la baisse de l'impôt sur le revenu a profité à 20% de la population), plombant les budgets de l'éducation, de la santé, du logement public, des aides sociales, sont grandement responsable du désastre. De même que les "exonérations de charges", dont l'effet sur l'emploi n'a jamais été prouvé, et qui s'élèvent à plus que le montant du "trou" de la Sécu.
La décentralisation, en transférant de nombreuses charges aux collectivités locales, conduit à affaiblir encore plus la solidarité nationale, privant de moyens les zones les plus défavorisées.
Pendant ce temps, le CAC40 atteint un record historique. Les profits flambent. Les salaires des grands patrons flambent.
Comment s'étonner que les victimes du système finissent par céder à la colère aveugle ? Quand ils voient leur situation se dégrader année après année, pendant que les profits flambent, atteignant sans cesse de nouveaux records ? Quand on fait toujours des cadeaux aux même personnes, et que ce soient toujours les mêmes qui trinquent ?
La République française est fondée sur un contrat social, le pacte républicain. Ce pacte est résumé dans le préambule de notre Constitution:
10. La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
11. Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.
Lorsque le gouvernement ne respecte pas le pacte républicain et déchire le tissu social de notre pays, comment s'étonner des réactions violentes ?
Sarkozy, un dangereux pyromane
La deuxième responsabilité du gouvernement est sur sa politique ultra-répressive, en particulier par le comportement de Nicolas Sarkozy.
Depuis son arrivée au ministère de l'Intérieur, Sarkozy n'a fait que cumuler les déclarations provocantes, insultant et stigmatisant des populations déjà meurtries par la souffrance sociale.
Mais hélas, ce n'est pas tout. L'une de ses premières actions fut de remplacer la police de proximité, qui avait un double rôle de prévention et de répression, par la BAC, police uniquement répressive. Ainsi que de supprimer les aides éducateurs, les emplois jeunes, les subventions aux associations de quartier.
La police nationale, couverte en toute circonstance par Nicolas Sarkozy, peut désormais commettre toutes les bavures qu'elle souhaite: contrôle au faciès, perquisitions musclées dévastant les domiciles privés, expulsions de famille, passages à tabac, manque de respect systématique, ... Les bavures recensées sont en nette explosion.
Mais à quel jeu joue donc Sarkozy ? Sachant que ses vues néolibérales (n'oublions pas qu'il est un admirateur de Camdessus, l'ancien directeur du FMI qui a contraint les pays en voie de développement à appliquer des recettes néolibérales, conduisant son "élève modèle", l'Argentine, à un désastre économique inédit dans l'histoire, et aggravant fortement la pauvreté partout dans le monde) sur les dossiers économiques et sociaux sont rejetés par une très grande majorité des français, sa seule chance d'être élu en 2007 est sur le terrain de l'insécurité, comme en 2002. Sarkozy a donc besoin que ce soit ce problème qui fasse la une des médias, et non la situation économique désastreuse, ni le mécontentement de la population. Sarkozy a donc intérêt à ce que la situation dans les banlieues s'aggrave. Courtisant sans scrupule l'électorat du Front National, il a aussi tout intérêt à muscler son discours, à préférer la provocation au dialogue.
N'oublions que le même Sarkozy n'a pas hésiter à mettre en danger la vie des policiers et la sécurité de la population, en annonçant, à l'avance, sur un plateau de télé, une opération antiterroriste, créant ainsi un risque de fuite, dans le seul but de soigner son image médiatique.
Un tel comportement est indigne d'un ministre de la République. C'est un comportement irresponsable et criminel. Nous devons exiger la démission immédiate de Nicolas Sarkozy.
L'échec mondial de la répression
Regardons maintenant ailleurs dans le monde. Les politiques ultra-répressives et ultra-sécuritaires sont appliquées aux États-Unis et en Grande Bretagne. Que voit-on ? Ces deux pays ont les taux de criminalités les plus élevés des pays riches, ainsi qu'un taux d'incarcération beaucoup plus important (il est, aux USAs, 10x plus important qu'en France). On constate aussi que ce sont les deux pays où les inégalités sont les plus fortes, et la misère la plus forte.
La présence de milliers de caméra de surveillance à Londre a-t'elle empêcher les terribles attentats ? Nous savons bien que non. Pourtant, la France se prépare à dépenser un milliard d'euros en caméras de vidéo-surveillance. Un milliard d'euros de moins pour l'éducation, la prévention, l'aide sociale, le logement, la santé.
De l'autre côté, on remarque que les pays scandinaves, où les inégalités sont réduites, et où peu de gens vivent sous le seuil de pauvreté, ont des taux de criminalité très faibles, et pourtant des forces de police bien plus réduites.
Les raisons de l'embrasement
Une situation explosive
La première raison de l'embrasement est la situation décrite longuement dans les paragraphes ci-dessus. Une souffrance sociale énorme, une inégalité de traitement chronique, un gouvernement arrogant et provocateur, la politique du tout-répressif qui conduit ces populations à considérer l'État, la société dans son ensemble, comme un ennemi.
Une jeunesse sans espoir
Le désespoir de la jeunesse, voyant que deux générations après ils sont toujours parqués dans les mêmes cités ghettos, toujours considérés comme des sous-citoyens, toujours méprisés et stigmatisés régulièrement, est énorme. Ils n'ont pas d'espoir, pas d'avenir possible dans le circuit légal, ou presque. Ils sont l'"armée de réserve", les sacrifiés nécessaire au capitalisme pour maintenir le coût du travail suffisamment bas. Ils sont la chair à canon de la guerre économique, comme les tirailleurs sénégalais étaient la chair à canon de l'armée française en 14-48.
Un discrédit de la politique
Cette jeunesse, sans espoir dans le société actuelle, est tout autant incapable de construire un modèle alternatif car n'ayant aucune culture politique. Le discrédit de la politique, provoqué par 20 ans de social-libéralisme et d'alternance entre une gauche n'osant pas gouverner à gauche et une droite toujours plus dure, suivi par trois années d'une droite décomplexée et forte de l'affaiblissement syndical est énorme dans ces cités.
Discrédit aggravé par le mépris dont face le gouvernement actuel. Ignorant l'opinion publique, insultant les manifestants, méprisant le suffrage universel à de multiples reprises, il aggrave dangereusement le sentiment d'impuissance, la morosité, le désespoir et dégrade encore plus l'image de la République.
La gauche a échouée, les a trahi. La droite est, à juste titre, leur ennemi. Que leur reste-t'il ? La colère aveugle et le désespoir.
Conclusion
Le système capitaliste a échoué. Il a échoué à résorber la pauvreté dans le monde, elle n'a fait qu'exploser ces 30 dernières années. Il a échoué à assurer la cohésion sociale de nos pays. Il a échoué à proposer un modèle respectueux des peuples, des hommes et de la planète. Il a échoué à permettre à tous de vivre dignement. Modèle fondé sur la concurrence de tous contre tous, sur le chacun pour soi, sur l'égoïsme, il a miné les solidarités et conduit les gens à se considérer comme des ennemis. Il a créé des foyers de souffrance et de misère qui ne peuvent qu'exploser.
Il est temps de construire une véritable gauche, capable de changer les choses en profondeur. Capable de transformer la société inhumaine, composée de gagnants et de perdants, livrée au chacun pour soi, du capitalisme néolibéral en une société fondée sur l'entre-aide, la coopération, la tolérance, le respect mutuel. Une gauche qui ne renonce pas, une gauche qui ne soit pas frileuse et qui ose affronter les puissances de l'argent qui gangrennent notre société. Un gauche qui ose reprendre le pouvoir immense aujourd'hui détenu par les marchés financiers, pour le rendre au peuple, faisant de la démocratie une réalité.
Pour construire, ensemble, un monde plus humain, aux antipodes de la loi de la jungle prônée par le néolibéralisme.
Commentaires
1. Le samedi 5 novembre 2005 à 21:08, par syn
2. Le mardi 8 novembre 2005 à 14:59, par Elly
3. Le dimanche 13 novembre 2005 à 00:52, par xnounours
4. Le dimanche 13 novembre 2005 à 01:32, par xounours
5. Le lundi 14 novembre 2005 à 14:36, par INSEE
6. Le lundi 14 novembre 2005 à 14:38, par INSEE
7. Le lundi 14 novembre 2005 à 14:42, par Vladimir Illitch
8. Le lundi 14 novembre 2005 à 15:03, par Nom
9. Le lundi 14 novembre 2005 à 22:54, par xnounours
10. Le mardi 22 novembre 2005 à 05:07, par INSEE
11. Le mardi 22 novembre 2005 à 10:10, par kilobug
12. Le mardi 22 novembre 2005 à 10:44, par INSEE
13. Le mardi 22 novembre 2005 à 11:19, par kilobug
14. Le jeudi 22 décembre 2005 à 16:43, par idea
15. Le dimanche 8 janvier 2006 à 14:27, par raf
16. Le dimanche 8 janvier 2006 à 15:58, par kilobug
17. Le mercredi 11 janvier 2006 à 14:06, par idea
18. Le vendredi 16 février 2007 à 06:30, par gunigu
19. Le vendredi 23 février 2007 à 00:35, par tanri
20. Le mercredi 7 mars 2007 à 12:32, par jack
21. Le mercredi 6 juin 2007 à 12:08, par baillonette
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