Le modèle libéral est peut-être un échec là où il est appliqué, mais il y a une chose qu'il a bien réussie: mettre la tête en bas un certain nombre d'idées et de concepts.

Tout d'abord, l'économie. L'économie, de simple outil, est devenue un but. Une finalité. "L'économie va bien", on est heureux. "L'économie va mal", on panique. Mais qu'est-ce l'économie ? Qu'est-ce que l'argent ? Est-ce qu'économie et bien être sont forcément liés ?

L'économie est-elle toujours positive ?

Un pays fabrique des armes. Il les vend. C'est bon pour son économie. Puis les armes sont utilisées, et des infrastructures détruites. Le même pays obtient alors des contrats pour reconstruire. C'est bon pour son économie. Le résultat est final est le même, quelques milliers de morts et de mutilés en plus, des ressources gaspillées, et des gens ayant somme toute travaillés pour rien. Mais, c'est bon pour l'économie.

Prenons un autre exemple. Mon voisin et moi allons tous les deux faire le même trajet en voiture. Si nous prenons tous les deux notre voiture, on consomme de l'essence, on use les voitures, c'est bon pour l'économie. Si nous nous mettons d'accord, et que lui seul prend sa voiture, on diminue la pollution, mais... c'est mauvais pour l'économie !

Prenons un troisième exemple. Un professeur de terminale voit le bac approcher, et pense qu'il ne pourra pas finir le programme (quelle que soit la raison). Il va ajouter des heures de cours, non payées, afin de finir son programme. Mais, comment ose-t'il ? Il donne gratuitement des cours ? Alors que s'il ne l'avait pas fait, 2, peut-être 3 personnes dans la classe auraient acheté un livre, ou pris des cours particuliers pour finir le programme. Notre brave professeur, en donnant ses cours gratuitement, se rend-il compte qu'il nuit à la sacro-sainte économie ?

Que faut-il tirer de ces quelques exemples ? Tout simplement que l'économie n'est pas forcément bonne en soi. Tout ce qui est non-marchand, tout ce qui est don, bénévolat, n'est pas pris en compte par l'économie. Tout ce qui est gaspillé, tout ce qui est détruit puis reconstruit, tout ce qui est construit même inutilement, est bon pour l'économie. C'est sans doute la plus grande réalisation du libéralisme: réussir à nous faire croire que l'"économie", que la "croissance" sont forcément positives.

Si on accepte de remettre en question ce dogme, alors la question n'est plus "est-ce que les conséquences économiques de cette mesure seront positives ?" mais "est-ce que les conséquences humaines, sociales, environnementales de cette mesure seront positives ?" Il arrive, assez souvent, que les réponses coïncident. Mais lorsque ce n'est pas le cas, il me semble évident que la primauté doit être donnée aux conséquences humaines, sociales et environementales.

L'économie est-elle réelle ?

Il faut oser affirmer ce qui peut sembler une évidence pour certains ou une aberration pour d'autres: l'économie n'est qu'un outil mathématique. L'économie, ce n'est que du virtuel. Ça n'existe pas. Ce qui existe, ce sont les ressources naturelles, la force de travail, le capital (équipements et techniques) et les produits. Les produits ne sont que la résultat du reste. Le travail et le capital sont complémentaires, mais peuvent aussi en partie se remplacer mutuellement (le travail produit du capital, et le capital permet de diminuer la quantité de travail nécessaire via la mécanisation). La force de travail et le capital, eux, peuvent remplacer en partie certaines ressources (par le recyclage, l'utilisation de matériaux moins rares ou renouvelables, ...).

Il existe actuellement une importante force de travail non utilisée. Les techniques sont nombreuses, les équipements aussi. Les ressources sont plus critiques, pour des raisons écologiques, mais une grande quantité d'entre elles sont gaspillées, justement, pour faire marcher "l'économie". Mais pourtant, il y a des personnes dans le besoin. Cette simple constatation devrait suffire à faire prendre conscience de l'échec du capitalisme sauvage, du libéralisme. Les besoins sont là, les "ingrédients" disponibles, mais on constate que le système brille par son gaspillage, sa sous-utilisation de certaines ressources, et la sur utilisation d'autres. D'où la nécessité d'encadrer le marché par l'état, ou alors, de dépasser le système de marché.

Prenons un exemple concret: la consommation des carburants. Si l'État veut réduire la consommation des voitures, il a trois solutions: mettre des taxes (sur le carburant ou les voitures les plus polluantes), légiférer (la consommation dans telle condition ne doit dépasser les 7 litres aux 100km, ou le véhicule est interdit à la vente), ou nationaliser l'industrie automobile. Les pays européens ont appliqué, avec succès, la première solution. Total, les voitures européennes consomment presque deux fois que les voitures américaines. En fin de compte, via une intervention de l'État, on a transformé une utilisation de ressource naturelle limitée (le pétrole), en une utilisation de ressources moins limitées, d'un peu de travail et d'un peu de capital (des moteurs plus efficaces).

À tous les arguments du style "oui, mais c'est mauvais pour l'économie", il faudrait demander: "est-ce que ça gaspille des ressources ? est-ce que ça diminue la force de travail disponible ? est-ce que ça diminue le niveau technologique ou le niveau d'équipements ?" Si les réponses sont "non", alors ce n'est pas la mesure en question le problème. Mais le système lui-même, le système du marché libre qui conduit à mettre au rebut une part de la force de travail, à laisser des équipements inutilisés, à empêcher l'utilisation d'une partie des techniques (via les brevets, par exemple) et à gaspiller une quantité énorme de ressources. Si une mesure n'affecte pas directement de manière négative les entrées réelles de l'économie, mais que l'économie elle-même y répond en affectant de manière négative en terme de richesses produites, alors le problème est dans le système en vigueur.

Maintenant que ce cadre est placé, je vais tenter de répondre aux différentes objections que l'on m'a faite (enfin, celles qui sont suffisament générales et intéressantes pour avoir leur place dans un article).

Les conséquences économiques des solutions envisagées dans l'article précédent
  • Consommons 10 % d'alcool en moins, et on donne de l'eau propre à tous les habitants de la planète.

Ca me semble une vue un peu naïve de l'économie.

La vision la plus naïve de l'économie que je connaisse est le modèle de Smith-Walras, et pourtant, c'est celui qui est utilisé par les libéraux... Mais essayons d'échanger des idées plutôt que des jugements de ce type.

Lorsque je dépense 10 euros d'alcool, où va cet argent ?

- A l'état sous forme de taxes, cela veut dire que l'état va recevoir moins d'argent. Ca veut dire moins d'embauche de personne par l'état, moins d'aide sociale, moins d'éducation et un plus gros trou dans la sécu.

Le mythe du trou de la sécu mériterait un article rien que pour lui. Quant à l'État, il a beaucoup de possibilité pour trouver des revenus. Il faudrait aussi prendre en compte les coûts de l'alcool, au niveau de l'Assurance Maladie, des accidents de la route, ... Mais c'est vrai que soigner une maladie ou réparer/reconstruire une voiture, c'est bon pour l'économie.

- Au réseau de distribution et de revendeurs, qui en vivent en partie, qui paient à leur tour des taxes, qui consomment et qui font tourner l'économie. L'employé de mon petit super-marché, le livreur, le transporteur, et toutes les personnes qui maintiennent directement (le propriétaire du magasin, celui de l'entreprise de camions..) ou indirectement (l'employé de l'autoroute, celui qui distribue l'essence). Toutes les personnes qui ont servies à produire la bouteille, son contenu et son emballage. Au propriétaire qui s'en met une fraction dans la poche.

En effet. Mais si on remplace la production de vins par la production d'appareil de purification de l'eau, de vaccins, d'équipement d'irrigation, ou la formation dans nos universités d'ingénieurs étrangers (l'immigration temporaire d'éducation), en quoi l'effet est-il différent ?

Pour 1 euros, ça ne fait pas grand chose, pour 105 G$ ça fait un petit pactole dans la poche de monsieur Ricard, et ça fait vivre plusieurs dizaines de milliers de personnes rien qu'en france.

Qui vivraient à fabriquer des équipements ou à éduquer des personnes. Fondamentalement, ça ne change rien.

Mais surtout, tu es bien dans une logique d'économiste là. À ce rythme là, on pourrait qu'une bonne tempête ou une bonne inondation (voir, une bonne guerre), c'est bien, parce que ça fait vivre des dizaines de milliers de personnes pour reconstruire. Et qu'un accident de la route c'est bien, ça donne du travail aux médecins et aux constructeurs de voitures.

Mais c'est vrai, en fait l'alcool, ça craint, on peut tout à fait s'en passer. J'arrête. Sur mon budget de 10 euros, j'en donne 30% à une association pour soulager ma conscience parce que kilobug a une bonne idée en fait. Et le reste, je le place pour m'acheter dans le futur une petite maison pour ma potentielle petite famille.

Je ne parlais pas au niveau individuel. La charité, c'est une vision libérale et profondément injuste (ceux qui ont une conscience se privent en aidant ceux qui ont des besoins, pendant que ceux qui agissent de manière égoïste en profitent... c'est une incitation à se comporter de manière égoïste, et ce sont ceux qui "méritent" le plus qui ont le moins). Ça ne m'empêche pas de faire des dons au Secours Populaire, mais sur le principe, c'est profondément malsain. Ce dont je parle, c'est de solidarité, par le biais de taxes par exemple.

Sur l'argent reçu par l'association, elle aussi va avoir des frais de gestion, le financement de ses campagnes publicitaires pour ramasser des sous (aujourd'hui, plus on fait de pub, plus on reçoit de sous, c'est pour cela que les associations humanitaires dépensent beaucoup, c'est très rentable, il suffit de donner un peu de mauvaise conscience aux gens, et ils donnent, le problème, c'est qu'une affiche en 4x3 ça coute le prix d'une pompe et son installation).

C'est bien pour cela, entre autres, que je parle d'une socialisation, d'un système solidaire et systématique, et non de faire un appel aux dons. Les dons coûtent chers à obtenir et en fin de compte pénalisent ceux qui ont le comportement le plus humain. Remplacer (au moins en grande partie) le système de dons par un système socialisé permettrait d'augmenter l'efficacité du système [1] De ce point de vue là, la notion de dons déductibles des impôts est une bonne idée, mais il faudrait la pousser plus loin (augmenter le taux de déduction et les limites, par exemple).

Et très souvent, on a le droit à un scandale, les comptes ne sont pas clairs (ARC, SPA...) et une grosse partie de l'argent ne va pas aider les pauvres assoiffés, mais va être ré-injecté dans le circuit national en salaires, notes de frais, financement de campagne électorale et publicité. Ou alors il faut connaître une petite association, fait par des gars que je connais bien et en qui j'ai confiance. Bon il se trouve qu'ils vont plutôt s'occuper des orphelins en ex-yougoslavie, mais je sais qu'ils sont honnêtes et qu'ils ne mettent pas un sous dans leur poche.

Je pense que des frais de gestion ont été comptabilisés dans les chiffres du PNUD, mais je n'ai pas les détails. Par contre, le taux de fraude dans ce genre d'associations, et en particulier dans les instances de l'ONU (le PNUD, l'UNICEF, l'OMS, ...) est plutôt faible, et les résultats bien présents, lorsque les moyens nécessaires y sont investis. L'OMS, par exemple, a bien réussi à éradiquer la variole.

Une abolition de la dette, ou d'une grande partie de la dette, aurait aussi un effet extrêmement positif, sans impliquer de frais de gestion.

L'argent que je confie pour 10 ans à mon banquier (pour la petite famille, il me reste pas mal de chemin), il va le placer, il me donnera une partie des bénéfices. Mais il ne va pas le placer dans la croix-rouge ou dans la construction de puits, le retour sur investissement est un peu aléatoire et à trop long terme, moi je vais pas attendre 50 ans pour avoir ma maison. Il va donc investir dans des sociétés qui ont un bon potentiel, des société qui ont besoin de capital pour développer un secteur prometeur, qui va rapporter des "millions de $" (même si le syndrôme net-économie est un peu passé), par exemple Vivendi, qui a des activités diversifiées et un bon potentiel, ou bien Club med qui va faire découvrir pleins de pays merveilleurs aux intoxiqués du big-deal de TF1, ou encore une marque de mode qui permet d'enrichir la chine en faisant produire à bas prix par des esclaves.

Tu as remarqué que je parlais de nationaliser le secteur bancaire ? Remettre l'économie au service de l'Humanité, et au services des Hommes, nécessite de pouvoir contrôler les investissements, oui. Si la conclusion que tu tires de mon article est "oui, on pourrait, mais il faudrait nationaliser les banques et reprendre le contrôle d'une partie au moins de l'économie", alors je pense que j'aurais atteint une bonne partie de mon objectif. Après c'est une décision purement politique: on affame la moitié de la planète, ou on prend les mesures nécessaires pour empêcher cela (sachant qu'on en a largement les moyens) ?

Bon, en gros, je ne suis pas convaincu. Ces chiffres donnent une vision naïve et fausse de ce qu'est l'économie. A l'échelle d'une personne, c'est valable, mais à l'échelle d'une nation ça n'a plus rien à voir. Cette solution à base de budgets prélevés sur des secteurs arbitraires n'est pas crédible.

Le but premier de l'article était plus de faire prendre conscience des ordres de grandeur entre les luxes que nous avons, et ce qui serait nécessaire pour permettre à tous de vivre décemment, pas de dire "consommons moins de ça", je n'ai évoqué le "consommons moins de ça" que comme une solution parmi beaucoup d'autres possibles, ce n'est pas celle qui a ma préférence. Je voulais aussi contredire le dogme sans cesse répété du "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" ou du "on n'y peut rien".

Après, la manière de le faire (des taxes sur certains produits "de luxe", des nationalisations, une autre forme de prélèvement comme la taxe Tobin, ...) n'est plus qu'un problème de formalité, important certes, mais secondaire face au choix des objectifs. Une fois acceptée l'idée que le coût nécessaire pour permettre à tous de vivre décemment est négligeable comparé à ce que nous gaspillons quotidiennement, et qu'on a donc un devoir moral de remédier à cela, ou au moins de faire des efforts dans ce sens, les moyens disponibles sont nombreux. Et si ça implique de reprendre le contrôle sur une partie de l'économie, ou même de nuire un peu à l'"économie", et alors ? L'économie n'est qu'un outil mathématique. Ceux qui meurent, ce sont des hommes, des femmes et des enfants.

Déboulonons quelques mythes

C'est quoi un pauvre? C'est l'inverse d'un riche, on est toujours plus pauvres que quelqu'un d'autres.

Un pauvre, c'est quelqu'un qui vit au-dessous du seuil de pauvreté, défini par les normes internationales. En résumé, c'est quelqu'un qui n'a pas accès au minimum nécessaire pour vivre décemment (nourriture, eau, santé, éducation, logement). Le nombre de pauvres varie grandement d'un pays à l'autre, et certains pays riches (comme les USAs) en ont beaucoup plus que d'autres pays moins riches (comme les pays scandinaves).

L'immigration est trés profitable si la personne raporte et utilise son expérience dans son pays d'origine.

Pas seulement. L'immigré, en général, envoie de l'argent à sa famille (au sens large) restée "au pays", et est donc un facteur important d'aide au développement.

  • Pour les dépenses militaires

Le coup du maintient de la paix en cote d'ivoir et dans d'autres pays du monde n'est pas négligeable.

Et le coût du maintien en place d'un dictateur qui nous est favorable contre un autre qui nous l'est moins, ou pire, contre une démocratie qui refuserait les diktats du FMI ? Le coût de la protection de la fuite des génocidaires du Rwanda ? Et d'ailleurs, pourquoi y'a t'il autant de troubles dans les régions pauvres, si ce n'est à cause... de la pauvreté ? Et qui les fournit en armes, si ce n'est nous ? Maintenir la stabilité dans le monde, c'est d'abord réduire les causes d'instabilités. Et la misère est la principale.

  • Une taxe sur les profits boursiers

Dangeureux, car la bourse permet de creer des entreprises.

Faux, on voit là une méconnaissance totale du système boursier. Les entreprises côtées en bourse sont les entreprises qui existent déjà depuis quelques temps, et qui ont déjà pu s'agrandir. La quasi-totalité des PMEs ne sont pas côtées en bourse. De plus, les marchés boursiers sont bien plus la cible de spéculation sur courte durée (quelques jours tout au plus) que d'investissement à long terme (la valeur totale des échanges quotidiens sur les places boursières dépassent la valeur totale des actions, chaque action est donc échangée en moyenne plus d'une fois par jour). [2]

  • Si l'État intervient pour guider le marché

Ca a toujours été catastrophique.

Le New Deal a été catastrophique ? Le Plan, les services publics, et la toute nouvelle Sécurité Sociale pendant les Trente Glorieuses en France l'ont été ? L'État investissant et contrôlant partiellement le marché en Corée du Sud pour permettre le développement de l'industrie hi-tech et automobile a été catastrophique ? Ouvre un livre d'histoire au lieu de dire n'importe quoi. Les recettes Keynesiennes (intervention de l'État pour contrôler et guider le marché) ont toujours bien mieux marché que les dogmes ultra-libéraux.

Et les pays scandinaves, qui ont un taux d'intervention de l'État dans l'économie bien plus important, se classent très bien dans les critères de développement humain, ceux qui comptent réellement (taux d'analphabétisme, taux de mortalité infantile, taux de pauvres, taux de criminalité, taux de survie aux cancers, ...); malgré leurs désavantages naturels (climat hostile, peu d'influence diplomatique, pas d'ancien empire colonial, ...).

  • Nationaliser les banques

Fait sous Mitterand. Ca à couté une fortune a la France.

Une nationalisation est un investissement à long terme. C'est complètement idiot de les juger sur le court terme. Ton raisonnement revient à dire, au bout de deux ans, à quelqu'un qui a choisi d'acheter un appartement au lieu de le louer: "regarde combien ça t'a coûté, si tu avais payé un loyer pendant ces deux ans, ça t'aurait coûté beaucoup moins". En particulier dans le cas des nationalisations de Mitterand, dans beaucoup de cas, ce qui a été fait a été de racheté des banques ou entreprises en mauvais état, renflouer les caisses, puis les revendre à prix cassé quelques années plus tard... c'est sûr, c'est désastreux. Mais ce qui a été désastreux, c'est bien la privatisation après.

D'autre part, il faudrait aussi regarder le coût pour le pays d'un système bancaire privé, comme la faillite des caisses d'épargne aux USAs au début des années 90, l'effondrement du système bancaire des pays asiatiques à la fin des années 90, ainsi que la contribution non négligeable des banques d'affaires aux scandales type Enron, Vivendi et Parmala.

Les banques utilisent une technique que l'on nomme "privatisation des profits, socialisation des risques": la banque fait des investissements risqués mais lucratifs. Si tout ce passe bien, les profits vont pour rémunérer ceux qui possèdent la banque. Si tout ce passe mal, alors, pour éviter la faillite de la banque et les considérables conséquences économiques, l'État renfloue les caisses, et c'est donc le contribuable qui paye... "Pile je gagne, face tu perds".

  • les êtres humains assujettis à la "loi du marché" comme le prône le libéralisme

Chacun est libre de faire ce qu'il veut. Tout le monde à sa chance.

C'est sûr que les chances du fils de RMIste qui sort de l'école à 16 ans sont exactement les mêmes que celles du fils de milliardaire qui hérite de la fortune de papa, va dans les "meilleurs" universités et peut utiliser le réseau de confiance de papa... [3]

Quant à tous ceux qui naissent avec ce que le marché considère comme un handicap (un handicap réel, une peau trop foncée, un sexe féminin, ...), il est normal que la vie soit plus difficile pour eux. C'est le marché qui l'a décidé, et le marché a toujours raison, non ?

Et même en admettant cela, est-il est normal que certains, parce qu'ils ont été plus chanceux, ou moins scrupuleux, puissent jouir d'une richesse matérielle immense pendant que d'autres peinent pour subvenir à leurs besoins fondamentaux ? Le système idéal est donc la loi de la jungle, où les plus "aptes" (bien souvent, plus chanceux ou moins scrupuleux) vivent dans l'opulence, et où la majorité de "losers" crève ? Très peu pour moi, merci (et pourtant, j'ai presque tout pour être parmi les "gagnants", si ce n'est une conscience m'interdisant d'agir en prédateur vis à vis de mes semblables).

Notes

[1] À titre d'information, pour répondre au mythe du "socialisé non efficace", sur 1 euro donné à l'Assurance Maladire, 95 centimes reviennent aux assurés sociaux. Sur 1 euro donné à une Mutuelle, 90 centimes reviennent. Sur 1 euro donné à une assurance privée, moins de 85 centimes reviennent.

[2] 99% des entreprises françaises, représentant 90% de l'emploi privé en France ont moins de 500 salariés. 85% des entreprises côtées en Bourse ont plus de 10 000 salariés.

[3] Parmi les 20% de familles les plus pauvres, 2/3 des enfants sont en retard en 3ème; parmi les 20% de familles les plus riches, 1/5 des enfants sont en retard en 3ème.