Ce message est le premier d'une série (je l'espère peu fréquente, mais je ne me fais pas trop d'illusions) de réactions face à la manière dont les faits sont présentés dans les JTs. Manière qui, sous une apparence d'objectivité, contribue à créer un climat dans lequel la seule pensée acceptable est la pensée libérale, climat qui participe au "consensus de Washington" et tue la démocratie.

Ce soir, je vais parler du JT sur France 3, du sujet sur l'avortement en particulier.

Le gouvernement a décidé de rendre possible les avortements hors d'une structure hospitalière pendant les premières semaines de grossesse. Jusque là, tout va bien. Puis, le sujet enchaine sur le temps d'attente en hôpital ou clinique pour les avortements. Expliquant que l'avortement n'est pas une activité rentable pour les cliniques privées, et donc que peu en font. Et bien sûr, il n'y a pas assez de place en hôpitaux publics. Le sujet continue comme si ce n'était qu'un fait totalement normal. Puis, on annonce la décision du gouvernement pour pallier à ce problème: augmenter le prix des avortements, afin de les rendre rentables. Tout est logique n'est-ce pas ?

Rentable ? Le droit de disposer de son corps, et plus généralement la santé car le phénomène est le même, ça doit être rentable ? Il est normal que les hôpitaux publics soient surpeuplés ? Il est normal que les cliniques privées ne se concentrent que sur ce qui est rentable ? La santé n'est donc qu'une marchandise, devant être rentable ? Il ne s'agit donc pas d'un droit, il ne s'agit donc pas d'une priorité, mais d'un luxe, fourni que s'il est rentable, quitte à augmenter les prix ? Tout ceci, bien sûr, affirmé sur le ton de la normalité. Ce n'est pas une question de savoir si la santé doit être rentable ou non. Ce n'est pas un débat de société. Ce n'est pas un choix majeur de société. C'est un fait, que l'on doit accepter, sans le questionner, sans le remettre en cause.

Alors qu'on reparle de l'été dernier, où les fermetures de lits multiples dans les hôpitaux publics ont causé des milliers de morts, on continue d'asséner comme une vérité absolue que la santé doit être rentable. Le gouvernement vient de faire passer une contre-réforme de notre Sécurité Sociale, votée uniquement par l'UMP, représentant moins de 17% de suffrages aux dernières élections (même l'UDF s'étant partagée entre abstention et vote contre le projet). Il n'y a pas eu de débat public non plus (qui a entendu parler des proprositions faites par le PCF, les Verts et la LCR ?). Encore une fois, on nous a affirmé que la Sécu était déficitaire. Sans parler des éxonérations patronales, des taxes (tabac, alcool, industries polluantes) non reversées et du manque à gagner dû au chômage.

Acceptez la recherche du profit, acceptez que l'on se consacre sur ce qui rentable braves citoyens, car il n'y a pas d'alternative. Il n'est même pas nécessaire de se poser la question. La recherche du profit, le règne du "marché ouvert où la concurrence est libre et non faussée", est une évidence. Et il prime sut toute autre considération. Ce n'est pas une question, ce n'est pas un choix posé à notre peuple. C'est un fait inéluctable, que l'on veut poser comme principe de la "Constitution" de l'Europe. Et que bien sûr, on ne remettra jamais en question au JT. Est-ce par peur de la réponse ?